APPARTEMENT DE SARAH MACKENZIE - GEORGETOWN
25 Septembre 1998
La main de son amant glissa paresseusement de ses seins à son ventre, où elle resta immobile, large et chaude. Mac, blottie contre sa poitrine, écoutait les battements de son cur. Ils ne parlaient pas, attentifs au silence.
Il commença à bouger comme pour se lever et le cur de Mac marqua un temps d'arrêt. Quand allait il accepter de rester jusqu'au matin ? De rester toute la nuit près d'elle, de l'aider à vaincre ses peurs comme elle l'avait aidé à retrouver son père.
Depuis leur retour de Russie fin mai, ils étaient entrés dans une routine sécurisante pour chacun d'eux, même si on pouvait difficilement qualifier la relation physique passionnée qu'ils partageaient de 'routine'. Preuve en étaient les vêtements qui jonchaient le sol de la porte de l'appartement, refermée à la hâte, jusqu'à la chambre de Mac. Son spencer blanc, ses sandales noires à hauts talons, la robe du soir prêtée par la CIA et qui n'avait pas résisté à leur soirée mouvementée à l'ambassade du Soudan
L'appartement n'était pas grand, et ils avaient pu gagner la chambre avant d'être nus.
Chez Harm, ils avaient plus de mal.
Elle s'agrippa à sa main pour tenter de le retenir.
-Tu peux rester, tu sais. Ca ne me dérangerait pas
Elle avait envie de lui crier de ne pas partir, de ne pas la laisser seule, mais encore une fois elle avait peur de dévoiler ses sentiments, et de ne pouvoir ensuite faire face aux conséquences.
Ne pas parler de choses personnelles, ne pas se laisser entraîner dans une relation sans être sûre de ce qu'Harm souhaitait.
Depuis leur première nuit à Moscou, quand elle était revenue à l'hôtel après avoir dîné avec Sokol, ils avaient respecté un accord tacite : faire comme si de rien n'était, ne partager qu'une relation physique et ne surtout pas poser de questions. Pas encore.
Elle savait qu'elle n'oublierait jamais cette nuit là.
Sokol l'avait ramenée jusqu'à l'hôtel, et l'avait accompagnée dans le hall. Il l'avait embrassé sur les deux joues, lui promettant de l'appeler dès qu'il aurait trouvé les renseignements sur le matricule qu'Harm lui avait communiqué, puis avait tourné les talons. Elle s'était dirigée lentement vers l'ascenseur, songeuse, et au moment de l'atteindre avait senti une main sur son épaule. Sokol était probablement revenu sur ses pas, pourvu qu'il ne veuille pas
- N'insistez pas, je voudrais qu'on reste amis
Elle avait alors entendu la voix d'Harm et s'était retournée d'un geste.
- Je croyais qu'on était déjà amis, Mac. Mais je pense que ce n'est pas à moi que vous parliez, n'est ce pas ?
- Que faites vous là ? Vous m'attendiez ?
- Pas vraiment. Disons que j'ai tenu compagnie à une bouteille de bière qui se sentait seule au bar
et je vous ai vue revenir
Je me suis dit que si vous étiez accompagnée, vous auriez peut-être du mal à expliquer ma présence dans la chambre.
- Vous êtes un mufle, Harm. C'est pour vous que j'ai dîné avec lui, pour vous aider à retrouver votre père.
L'ascenseur venait de s'ouvrir, ils y montèrent et restèrent muets jusqu'à leur chambre.
Harm n'avait pas envie d'abandonner la partie, il sentait que Mac aimait bien Sokol, comme elle avait bien aimé Mark Falcon quand ils avaient enquêté sur le Hornet, et sans qu'il sache vraiment pourquoi, leur amitié naissante l'irritait profondément.
A peine la porte refermée, il reprit la discussion que Mac pensait oubliée.
- Vous aviez vraiment besoin d'essayer de le séduire si vous vouliez seulement m'aider à retrouver mon père ?
- Je n'ai pas essayé de le séduire, j'ai juste fait preuve de politesse envers un homme qui m'invitait à dîner, quelqu'en soit la raison.
- Vous ne vous habillez jamais comme ça quand je vous invite à dîner.
- Vous ne m'invitez pas à dîner, vous m'emmenez manger des nouilles dans le restaurant chinois du coin, ou vous partagez une pizza avec moi en me faisant travailler toute la soirée sur un dossier. Je n'appelle pas ça être invitée à dîner, Harm. Si on se couchait maintenant, il est tard
Avec un sourire ironique, il avait indiqué du menton le fauteuil inconfortable dans lequel il avait passé les nuits précédentes.
- Bonne idée, Mac, j'ai encore des courbatures de la nuit dernière, je meurs d'envie de retourner m'y 'coucher'.
- Ecoutez, Harm, le lit est assez large pour nous deux, j'ai des scrupules à vous laisser dormir là, il faut que vous vous reposiez. Allez, ne vous faites pas prier, souvenez-vous, les Appalaches, ce n'est pas la première fois que je passerai la nuit dans vos bras
La plaisanterie avait suffisamment détendu l'atmosphère pour qu'ils se couchent dans une ambiance sereine, comme deux vieux copains. Mac s'était surprise à s'endormir très rapidement, rassurée par la présence à quelques centimètres d'elle du corps d'Harm dans ce lit étranger.
Elle s'était à demi réveillée dans la nuit, blottie contre un corps dur et chaud, prisonnière de bras vigoureux. Comme dotée d'une volonté propre, sa main avait tracé des dessins sur le t-shirt de l'homme allongé près d'elle, soulignant les muscles de son torse, remontant lentement vers son visage, glissant le long d'une joue maintenant râpeuse pour finir par effleurer ses lèvres. Harm ne bougeait pas, sa respiration était calme. Complètement réveillée maintenant, elle s'était décidée à lever les yeux vers son visage, pensant, ou plutôt espérant le trouver toujours endormi. Dans la lumière qui filtrait à travers les rideaux, elle avait vu les yeux clairs d'Harm, grand ouverts, qui la fixaient intensément. Pendant de longues minutes, ils avaient continué à s'observer, les doigts de Mac toujours posés sur la bouche maintenant entrouverte d'Harm. Elle sentait son sang cogner plus fort contre ses tempes, les battements de son cur s'accéléraient, sa bouche était sèche, mais comme hypnotisée, elle ne pouvait détacher ses yeux du regard bleu d'Harm.
Il ne bougeait pas, il la laissait conduire le jeu si elle le souhaitait.
Il était encore temps, elle n'avait même pas à s'excuser, juste à retourner tout au bord du lit, serrer très fort les yeux et les mâchoires, et immobile, attendre le matin.
C'était le seul choix possible.
Ecoutant les conseils que lui donnait sa raison, elle s'était soulevée légèrement pour s'éloigner d'Harm
et avait posé les lèvres sur la bouche chaude qui l'attendait.
A l'aube, ils s'étaient réveillés nus dans les bras l'un de l'autre ; sans un mot Harm avait posé un baiser léger sur les lèvres de Mac, enfilé son caleçon et disparu dans la salle de bains.
A aucun moment dans la journée ils n'avaient parlé de cette nuit, mais leurs yeux se cherchaient constamment, et une ombre de sourire flottait sur leurs visages quand ils se regardaient.
Quand Harm avait appris la vérité sur le sort du lieutenant Harmon Rabb, une fois revenus dans l'unique hôtel de la région où ils devaient passer la nuit avant leur retour vers Moscou, Mac avait voulu laisser Harm pleurer la mort de ce père qu'il avait passé sa vie à chercher, mais il l'avait attirée dans ses bras et lui avait fait l'amour avec désespoir, se perdant en elle comme s'il cherchait à vérifier qu'il était toujours vivant. Au moment où il avait atteint le plaisir, il avait murmuré :
- J'ai besoin de toi, Sarah, ne me laisse pas.
Ces paroles étaient gravées dans l'âme de Mac, elles étaient les seules paroles un peu personnelles qu'ils avaient échangées depuis le début de leur liaison.
De retour à Washington, sans se concerter, ils avaient continué à se voir toutes les nuits, gardant leur relation secrète aux yeux de tous sans même que cela représente un effort. Leur comportement au JAG était resté le même, ils plaisantaient, se disputaient, travaillaient ensemble, ils allaient même déjeuner ensemble à l'occasion, mais jamais aucun des deux n'avait eu le moindre geste, la moindre parole équivoque envers l'autre ailleurs que dans l'intimité de leurs appartements.
Et tous les soirs quand ils étaient à Washington, Harm passait chez Mac, ils dînaient ensemble comme ils l'avaient fait si souvent avant, discutaient des affaires en cours, plaisantaient un peu, rangeaient la cuisine ensemble, et brusquement, l'atmosphère se chargeait d'électricité et les amis de longue date se muaient en amants passionnés.
Immuablement, au milieu de la nuit, Harm se levait, se rhabillait, sans un mot, il embrassait légèrement Mac et disparaissait, la laissant seule.
Un soir, elle avait décidé de changer leur routine et s'était invitée chez lui. La soirée et la nuit s'étaient déroulées selon le même rituel qu'habituellement, mais dans la nuit une impression de solitude avait réveillé Mac. Elle avait tendu le bras, le lit était vide et le drap froid près d'elle. Elle avait enfilé un t-shirt et s'était avancée dans l'appartement pour trouver Harm assis près de son bureau, dans le noir, une photo de son père devant lui. Elle avait posé une main qu'elle voulait réconfortante sur l'épaule de son amant, et avait doucement demandé :
- Tu veux que je parte ?
- Non, tu peux rester.
Puis le silence à nouveau, ce silence qu'elle ne savait pas, qu'elle ne voulait pas interrompre.
Elle n'était jamais retournée le soir chez lui, mais arrivait le dimanche matin. Ils allaient courir ensemble, et restaient ensuite enfermés dans l'appartement, ne parlant que pour échanger des informations ou des propos impersonnels, et faisant l'amour jusqu'à ce que le soleil se couche.
Ils savaient tous deux que leur relation ne pouvait pas, ne devait pas continuer ainsi, mais ce qu'ils vivaient ensemble était d'une telle intensité qu'ils ne voulaient pas y renoncer.
Et parler aurait probablement des conséquences désastreuses, à commencer par signifier la fin de cette passion qui leur donnait l'impression si fugitive d'exister.
Mais aujourd'hui, Mac se sentait prête à tenter sa chance.
-Tu peux rester
ça me ferait plaisir
de me réveiller près de toi demain
Le visage d'Harm restait impassible, il la regardait sans qu'elle puisse lire aucune émotion dans ses yeux, juste un soupçon d'interrogation.
Il se souleva sur un coude, posa un léger baiser sur le bout de son nez, puis ouvrit la bouche pour parler d'une voix hésitante.
- A moi aussi
mais
pas encore
- Pourquoi ?
Sans un mot, il caressa son visage puis se leva et ramassa ses vêtements.
Il n'était pas prêt, tout allait trop vite pour lui, il savait que s'il restait avec elle toute une nuit maintenant qu'ils étaient revenus à Washington, il ne pourrait plus avoir avec elle cette relation de travail complice et amicale à laquelle il tenait.
Une question tournait sans cesse dans sa tête dès qu'il était seul la nuit, de retour dans son univers de célibataire, dans cet abri qu'il s'était construit. Pourquoi avait il aussi peur de rester toute une nuit avec cette femme dont il ne pouvait se rassasier ? Il sentait confusément que s'il se réveillait près d'elle dans son univers familier, il accepterait que la nature de leur relation change, il ne pourrait plus travailler de façon sereine avec Mac.
Il savait que cette façon de compartimenter leur vie et leur relation était malsaine à moyen terme, mais pour l'instant il ne voulait pas que les choses changent. Il voulait passer ses nuits avec sa maîtresse, et le matin arriver au bureau pour y retrouver sa complice professionnelle, Mac. Il avait déjà suffisamment de mal à savoir comment se comporter quand il arrivait chez elle le soir, leurs dîners et leurs conversations le mettaient mal à l'aise, mais il la respectait trop pour ne la rejoindre que pour coucher avec elle.
Il n'était pas sûr d'être prêt pour autre chose. Pas encore.
YOKOHAMA
9 Octobre 1998
- Au moment où deux bulles se réunissent, elles disparaissent aussitôt et un lotus s'épanouit
Harm regarda l'avocat japonais, puis la jeune fille qui sortait du tribunal avec son père, et enfin l'enseigne Guitry.
-Je crois que j'ai compris ce qu'il veut dire : que l'amour est éternel.
Etonnée, Mac examinait Harm. C'était un aspect de sa personnalité qu'elle n'avait encore jamais rencontré. Harm citait fréquemment John Paul Jones, mais c'était un marin, pas vraiment un poète. Depuis quand s'y connaissait il en Haïku ? et en romantisme ?
Perdue dans ses pensées, elle sursauta quand le regard bleu d'Harm croisa le sien, un regard comme complice qui semblait lui dire
.
- Colonel, si vous voulez bien nous rejoindre, il est temps de retourner à Washington, déclara l'amiral Chegwidden à quelques pas d'elle d'un ton un peu trop sec. La répartie d'Harm l'avait amusé, mais l'attitude soudain rêveuse de Mac le mettait mal à l'aise.
Quand il était parti à leur recherche après leur disparition en Russie, et qu'il les avait enfin vus sortir de l'hélicoptère, son soulagement avait sur le moment occulté tout autre sentiment. Mais après le débriefing que Webb leur avait fait subir à l'ambassade, il avait commencé à s'interroger. Harm et Mac étaient proches depuis qu'ils s'étaient rencontrés dans les jardins de la Maison Blanche, cette impression de complicité n'était bien sûre pas nouvelle, mais il y avait autre chose, comme
une intimité qui ne semblait pas être là avant. Et puis, Mac vêtue de ces vêtements tsiganes était une image à laquelle peu d'hommes pourraient résister, et AJ s'était demandé si Harm ne s'était pas laissé entraîner.
A leur retour au JAG une semaine plus tard, l'amiral les avait observé attentivement sans qu'ils en aient conscience, mais n'avait rien décelé de différent dans leur comportement professionnel. Il avait alors pensé que cette intimité qu'il avait cru voir était née du danger auquel ils venaient ensemble d'échapper, que c'était l'expression d'une nouvelle étape dans leur amitié, rien de plus.
Mais Harm parlant d'amour et Mac le regardant d'un air songeur, oublieuse de son entourage, voilà qui méritait qu'on y réfléchisse plus avant.
GEORGETOWN - APPARTEMENT DE SARAH MACKENZIE
10 Octobre 1998 - 20h30 heure locale
Mac tournait en rond, de plus en plus inquiète. Harm aurait dû être là depuis une bonne heure au moins, bien sûr la ponctualité n'était pas son fort, mais une heure de retard, c'était trop, même pour lui.
Elle avait essayé de l'appeler chez lui et sur son portable, seules ses messageries lui répondaient. Elle se répétait qu'ils n'avaient pas réellement rendez-vous ce soir, pas plus qu'ils n'avaient eu de rendez vous formel depuis cette fin mai et leur retour au JAG. Pourtant Mac était persuadée que Harm devait avoir autant envie qu'elle de se retrouver enfin seuls ensemble après cette semaine au Japon si frustrante à tous les points de vue.
Non seulement l'affaire avait failli échapper à leur contrôle, mais ils n'avaient pas su prévoir et empêcher le suicide de l'amiral. Leur commandant avait fait le déplacement de Washington à Yokohama pour passer un savon mémorable à Harm
et ils n'avaient pas pu avoir cinq minutes d'intimité de toute la semaine.
Ils étaient déjà partis ensemble sur une enquête à quelques reprises après leur retour de Russie, mais Bud n'était pas là, ils n'avaient personne pour les chaperonner. Cette fois ci, il en avait été autrement, Bud et Harm étaient logés dans la même chambre, et Mac savait que Harm n'aurait jamais pu justifier son absence tous les soirs et son retour au milieu de la nuit.
Mais le savoir ne rendait pas la situation moins irritante.
Mac se demandait ce qui la frustrait le plus en cet instant : le besoin irrésistible qu'elle avait du corps d'Harm, de ses mains sur elle
ou cette impression de ne plus contrôler son corps
Si une semaine sans le toucher la mettait dans un tel état d'énervement, il fallait peut être qu'elle prenne un peu de recul et de temps pour réfléchir à ce qui leur arrivait. Et en même temps, elle n'avait pas du tout envie de réfléchir, il n'y avait rien à rationaliser, elle voulait cet homme, ils ne faisaient de mal à personne, ils n'étaient même pas apparemment en infraction avec le règlement de l'Aéronavale. Enfin, si elle l'était, mais Harm l'ignorait, et c'était bien là qu'était le problème
.
Et cette petite voix dans sa tête lui répétait encore et toujours le même avertissement qu'à Okinawa : 'Fais attention, Sarah, ne va pas trop loin, garde le contrôle, fais attention, Sarah.'
Bon sang, où était-il ? Pourvu qu'il ne lui soit rien arrivé. Il fallait peut être qu'elle aille chez lui, il avait peut être eu un problème
La sonnerie du téléphone interrompit ses tergiversations, elle se précipita pour répondre et poussa un soupir de soulagement en entendant la voix de Harm.
- Harm, mais où es tu bon sang, ça fait une heure que je me fais du souci..
- Doucement, Mac, je n'avais pas dit que je venais.
- Tu ne veux plus venir ?
-
..
- Harm, qu'est ce qui se passe ? Où es tu ?
- Je suis au coin de la rue, Mac, dans ma voiture. Descendez.
- Harm ? Tu me fais peur
qu'est ce qui ne va pas ? Monte
- Non, Mac, venez me rejoindre, il faut que je vous parle. S'il vous plait.
- Tu as un problème, Harm ?
- Pas moi
Nous, Sarah
-
.
- Mac ?
- J'arrive
Mac attrapa son manteau et ses clefs et sortit aussi calmement que possible de son appartement. Elle se dirigea vers l'escalier et commença doucement à descendre les deux étages, se donnant le temps de reprendre son sang froid. Que voulait dire Harm en parlant d'un problème qu'ils auraient ? Quel genre de problème ? Pourquoi brusquement était il si distant avec elle ? Pourquoi la vouvoyait il ? Il était clair qu'il pensait à leur relation
S'il voulait tout remettre en cause maintenant, elle n'était pas sûre de l'accepter facilement.
Arrivée au premier étage, elle haussa les épaules et se mit à dévaler les marches, s'interroger ne servait à rien.
Elle ne vit pas tout de suite la Corvette d'Harm, il n'était pas garé devant ses fenêtres, elle l'aurait vu pendant qu'elle l'attendait, mais à quel coin de rue était il ? Elle fit quelques pas et l'aperçut qui s'avançait vers elle, dans cette tenue qu'elle aimait tellement sur lui, jean, pull bleu gris et son blouson de pilote. Elle lui sourit largement, prête à se jeter dans ses bras, mais son élan fut stoppé net quand elle vit l'expression sérieuse de son visage.
Harm s'arrêta à un pas d'elle et l'observa sans un mot. Mac était maintenant complètement perdue, mal à l'aise, elle n'osait plus bouger et ne savait pas quoi lui dire. C'est lui qui voulait parler, c'est lui qui avait une attitude totalement inhabituelle, qu'était elle censée faire ?
Au bout de quelques minutes, il se pencha vers son visage et posa un baiser léger sur sa joue, puis lui prit la main et l'entraîna toujours en silence vers la Corvette.
- Harm, où va t'on ?
- Je vous emmène dîner.
- J'ai à manger chez moi
qu'est ce qui t'arrive ? Pourquoi es tu si distant ce soir ? Pourquoi ne veux tu pas monter ? Pourquoi est ce que tu me vouvoies ?
Il soupira, ouvrit la porte côté passager pour Mac et resta à nouveau silencieux quelques instants, son regard fixé sur la main de Mac qu'il tenait toujours, avant de lui répondre.
- Sarah, ne me rends pas les choses plus difficiles, s'il te plait
Tu sais bien que si je monte chez toi, nous n'allons pas parler, et nous ne pouvons pas continuer comme ça... Moi, je ne peux pas. Monte dans la voiture, s'il te plaît.
Ils roulèrent en silence jusqu'à un restaurant calme dans lequel ils allaient parfois dîner avant, quand ils n'étaient qu'amis et voulaient passer un moment ensemble sans avoir besoin de crier pour couvrir le bruit ambiant. Ils n'y étaient pas revenus depuis la Russie, en fait ils n'étaient pas sortis ensemble une seule fois à Washington depuis qu'ils étaient amants. Sans leurs uniformes, aucun d'eux n'était sûr d'être capable de garder une attitude convenable, et il n'était pas question de prendre le risque de rencontrer quelqu'un qu'ils connaissaient. Mais ce soir, Harm avait tout fait pour que l'ambiance soit tendue, et Mac sentait que ce qu'il avait à lui dire n'allait pas dégeler la situation.
Une fois le serveur parti avec leurs commandes, elle étudia Harm qui continuait à la regarder, une expression indéchiffrable dans les yeux. Elle commençait à perdre son calme. Pourquoi compliquait il les choses ? C'en était trop, elle se décida à parler, puisqu'il restait silencieux.
- D'accord, Harm, nous sommes au restaurant, il n'y a personne autour de nous, je ne vais sûrement pas me jeter sur vous sur cette table pour vous violer, mais je ne vais pas passer ma soirée à attendre que vous vous décidiez. Bon sang, Harm, tu joues à quoi ? On est bien ensemble, qu'est ce que tu veux ?
- Pourquoi croies tu qu'on est bien ensemble, Mac ? Parce que dans un lit, toi et moi, c'est parfait ? Et le reste, Mac ?
- Quel reste ? Harm, c'est toi qui dès le départ n'a pas voulu qu'on parle de notre relation, toi qui refuses de rester toute une nuit avec moi, toi qui
- Non, Mac. Ca c'est la façon dont toi tu interprètes les choses. En Russie, je t'ai laissé décider de ce que tu voulais pour nous, je n'ai pas voulu te forcer dans une relation quelle qu'elle soit, et tu n'as pas essayé de m'en parler après notre première nuit. Et ne me dis pas que nous n'en avons pas eu l'occasion, j'étais là, souviens toi.
- Comment ça, c'est moi qui n'ai pas parlé maintenant, et toi qui attendais que je le fasse ?
- Oui
Stupéfaite, Mac le regardait comme s'il venait de se matérialiser devant elle. Il ne pouvait pas être sérieux, elle ne pouvait pas avoir aussi mal interprété ses silences. Elle secoua la tête comme pour se réveiller, et reprit leur semblant de conversation.
- Admettons
admettons que je n'ai pas compris que c'était à moi de provoquer une discussion avec toi sur nos relations. Admettons que j'aurais dû insister
mais j'avais dû sauter la page du manuel qui disait que j'étais en charge de notre relation. Non, je n'ai rien dit
Mais explique moi pourquoi tu te sauves en plein milieu de la nuit ? Parce que je devrais t'attacher ? C'est ma faute, ça aussi ?
- Mac !
- Excuse moi d'être désagréable, mais je croyais passer une nuit fabuleuse avec un homme dont je rêve toutes les nuits depuis une semaine, et je me retrouve à
devoir justifier pourquoi je n'ai pas fait avancer notre relation en dehors de mon lit. Et pour couronner le tout, à part pour m'accuser, tu ne dis rien. Puis je te rappeler que c'est toi qui as suggéré qu'on devrait discuter ? Alors parle, bon sang
L'arrivée du serveur avec leur repas interrompit la tirade de Mac, et elle profita de cette pause pour respirer profondément, et tenter de se calmer. Sa frustration et son incompréhension avaient peu à peu fait place à de la colère. Mais malgré son envie de le planter là avec son dîner et ses silences et de faire un trait sur toute cette histoire, elle voulait savoir ce qu'il avait vraiment à lui dire. C'était Harm, et leurs deux années d'amitié ne pouvaient être effacées aussi facilement. Si leur liaison devait s'arrêter, elle ne voulait pas prendre le risque de perdre son meilleur ami dans la débâcle. Elle lui devait de l'écouter
à condition qu'il se décide enfin à parler.
Harm eut un petit rire amer. Il avait hésité une heure dans sa voiture en bas de chez Mac avant de se décider à l'appeler, sans répondre quand son portable avait sonné, il voulait lui parler, mais ne savait pas comment s'y prendre, il n'était même pas sûr que parler soit une si bonne idée. Et maintenant, en moins de cinq minutes, il avait réussi à la rendre furieuse et ne savait plus comment lui dire ce qu'il avait lui-même tellement de mal à comprendre.
- Mac, je ne sais pas par où commencer, en fait je ne sais même pas vraiment dire ce qui ne va pas, mais je voudrais qu'on parle de nous. Nous nous sommes jetés dans cette relation sans un mot, et j'ai l'impression d'être
je ne sais pas
malhonnête avec toi, de me servir de toi
- Te " servir " de moi ?
- Attends, laisse moi essayer de t'expliquer. Sarah, tu es la personne en qui j'ai le plus confiance, tu es mon amie et je tiens à toi, et depuis la Russie, tu es aussi celle avec qui je passe mes nuits, et je n'arrive pas à faire coexister ces deux femmes. J'ai l'impression de passer de l'une à l'autre tous les jours, comme si j'avais créé une barrière entre ces deux aspects de notre relation, et je commence à avoir du mal à l'accepter. Tu comprends ce que je veux dire ?
- Pas vraiment
Attends, tu veux dire que tu es gêné par le fait qu'on a réussi à compartimenter notre relation ? A ne pas laisser notre liaison empiéter sur notre vie professionnelle ?
- Pas toi ? Je veux dire, tu ne veux pas autre chose ?
- Pas pour l'instant, Harm. La seule chose que je voudrais pour l'instant, c'est que tu restes avec moi toute la nuit quand on ne travaille pas le lendemain, je voudrais me réveiller près de toi comme la première fois à Moscou, mais pour le reste, je préfère qu'on aille doucement.
- Sarah, on n'est pas allé doucement
on a couché ensemble sans même être sorti ensemble, sans en avoir une seule fois parlé.
Mac posa la main sur le bras d'Harm et lui sourit avec une pointe d'amusement.
- Tu sais très bien ce que je veux dire, Harm. Pour l'instant, je ne veux rien d'autre de toi. Ce que nous avons me convient, si tu acceptes de rester un peu plus longtemps. Et si peu à peu les choses évoluent vers autre chose, on verra
plus tard. Ne complique pas tout.
Harm fronça légèrement les sourcils et la regarda attentivement.
- Sarah, promets moi que rien ne détruira notre amitié
- Pourquoi voudrais tu que quelque chose la détruise ?
- Parce que si notre liaison n'évolue par vers autre chose, comme tu dis, j'ai peur qu'on en vienne à se déchirer, et que notre amitié n'en soit la première victime. Tu sais, je serais presque prêt à ce que les choses évoluent dès maintenant
Je crois que j'en ai envie
Mac sursauta, elle pensait que cette partie de la conversation était terminée, et Harm revenait à la charge. Elle avait l'impression que le sol commençait à se dérober sous ses pieds, elle se sentait en sécurité en ayant une liaison avec Harm, il l'était pas du genre à rechercher les engagements, elle n'avait pas besoin de ça pour l'instant, pas encore. Et c'était Harm qui brusquement parlait d'aller plus vite, plus loin
Elle n'aurait jamais pensé se retrouver un jour dans une telle situation, c'en était presque comique
presque
- Sarah ?
- Laisse moi encore un peu de temps, s'il te plait
j'ai
besoin d'y penser
des choses à
Ecoute Harm, pour moi ce que nous vivons ensemble n'est pas un problème, je me sens mieux dans ma vie depuis la Russie que je ne l'ai jamais été, laisse moi m'habituer à cette sensation avant de me demander autre chose. Laisse moi du temps, tu veux bien ? Je veux juste continuer à t'avoir avec moi toutes les nuits sans me poser trop de questions, et je sais que tout s'arrangera tout seul, tu verras
s'il te plait
- Promets moi seulement d'y penser. Je n'aime pas mentir, Sarah, et j'ai l'impression de mentir à tout le monde en ce moment.
- Ce n'est qu'un mensonge par omission, Harm, et rappelle toi que nous ne faisons de mal à personne
- Pas même à nous ?
- Pas à moi en tout cas, et si tu acceptais de prendre la vie comme elle vient, tu ne t'en ferais pas à toi non plus
- Si tu en es sûre
- J'en suis sûre. Tu me ramènes ?
Mac le regardait avec un sourire lumineux et une lueur séductrice dans les yeux, et Harm se dit qu'elle avait probablement raison, il compliquait trop les choses. Il avait envie d'elle et leur relation n'avait pas de conséquences fâcheuses sur leur vie professionnelle, pourquoi ne pouvait il prendre la vie comme elle arrivait, sans se poser de question. Il allait essayer d'apprendre à vivre selon les règles du jeu dictées par Mac, les choses se feraient toutes seules.
Il lui sourit en retour, ce sourire qui donnait à Mac l'impression que rien de grave ne pouvait se passer quand elle était avec lui, et en se levant, lui demanda d'une voix emplie de promesses :
- Tu me donnes l'hospitalité jusqu'à lundi matin ?
- On est resté trop longtemps en mer, marin ?
. Aussi longtemps que tu veux, Harm.
GEORGETOWN - APPARTEMENT DE MAC
20 novembre 1998
Harm vérifia une nouvelle fois avant de frapper à la porte que le petit écrin de velours se trouvait bien dans la poche de son blouson.
Il sentait qu'il avait tort d'agir ainsi, que Mac risquait de se sentir prise au piège, mais il ne voulait plus continuer comme ça, poursuivre cette relation qui ne lui semblait parfois ne reposer que sur du sexe et qui peu à peu dégradait l'image qu'il se faisait de lui, et encore plus grave à ses yeux, l'image qu'il se faisait de Mac.
Il y avait six mois ce soir qu'ils avaient fait l'amour pour la première fois dans cet hôtel presque minable de Moscou. Six mois, c'était plus que suffisant pour savoir ce qu'on attend d'une relation amoureuse. Et Harm maintenant était sûr de lui.
Les premiers temps, il avait eu peur de ses sentiments, il sentait ses défenses tomber une à une, et il s'était efforcé de cacher à Mac l'importance que leur relation naissante avait pour lui.
Mais depuis que six semaines plus tôt elle lui demandé de ne plus se poser autant de questions, de profiter de la vie et de laisser les choses évoluer d'elles même, depuis qu'il se réveillait le matin près d'elle, il n'avait plus les mêmes doutes. Bien sûr, il avait toujours aussi peur, mais pour la première fois de son existence, une femme partageait secrètement sa vie depuis six mois sans qu'il se lasse d'elle, sans qu'elle décide de le quitter parce que leurs styles de vie étaient trop différents. C'était un sentiment nouveau, terrifiant et exaltant, de savoir que quelqu'un vous attendait, que l'impression que votre journée était une réussite dépendait du sourire d'une autre personne.
Harm n'avait jamais pensé qu'il pourrait un jour tenir autant à une femme, il se croyait plus fort et plus indépendant que l'image qu'il s'était fabriquée d'un homme amoureux. Il avait combattu cette impression, refusant pendant si longtemps de rester avec elle toute la nuit, essayant de ne pas s'attacher, mais peu à peu il avait découvert que la présence de Mac à ses côtés lui donnait un sentiment de plénitude
une impression si proche de celle qu'il n'avait alors ressentie que lorsqu'il volait.
Il ne dépendait pas d'elle, elle lui permettait d'être lui.
Il avait évité de lui reparler de ce malaise qu'il éprouvait à garder leur relation secrète, à ne la laisser n'être qu'une liaison, devant la réticence qu'avait montrée Mac. Elle avait demandé du temps, il lui en avait donné mais aujourd'hui, il était décidé à franchir une nouvelle étape.
Il pensait qu'elle y était prête.
Comme tous les soirs, il frappa à la porte. La clef de l'appartement était dans sa poche, tout comme Mac avait la clef du sien, mais entrer chez elle sans qu'elle lui ouvre la porte aurait signifié qu'une étape avait été franchie vers une véritable vie commune, et Harm ne voulait pas franchir ce cap sans en avoir parlé avec Mac, sans qu'elle comprenne ce que cela signifiait pour lui. Il aurait tellement voulu aborder toutes ces questions de couple avec plus de simplicité, plus de spontanéité, mais malgré tous ses efforts, son esprit continuait de garder le contrôle. Pourtant, avec l'aide de Mac, il était persuadé qu'il y arriverait.
Elle vint lui ouvrir avec ce sourire éclatant qu'il ne lui connaissait que chez elle quand ils étaient seuls, et dès la porte fermée elle se lova dans ses bras.
- Tu m'as manqué, matelot.
- On vient de se quitter il y a deux heures, Mac
- Tu sais bien ce que je veux dire, quatre jours ensemble sur un porte-avions sans pouvoir te toucher, finalement je crois que je préfère ne pas partir avec toi en mission sur un navire
trop dur
.
Elle passa ses bras autour du cou d'Harm, ses mains jouant dans ses cheveux bruns, et posa de légers baisers sur son visage. Harm la serra contre lui, respirant son parfum, il sentait sa volonté se dissoudre, une fois encore, comme chaque fois qu'il était dans les bras de Mac.
Il essaya de maîtriser la passion qui menaçait de les emporter, il devait lui parler d'abord.
- Sarah, attends, j'ai quelque chose à te dire
- C'est une question de vie ou de mort ? demanda Mac d'une voix chaude pendant que ses mains descendaient le long du torse d'Harm et s'attaquaient au bouton de son jean.
- Mac, c'est important
Elle leva vers lui des yeux embués de désir, posa ses lèvres sur la bouche d'Harm et murmura :
- Ca peut attendre
Harm, déchiré entre la honte de se sentir si faible et la satisfaction de se savoir désiré à ce point, s'abandonna aux baisers et aux caresses de Sarah.
Plus tard dans la soirée, emporté par le plaisir, il posa la bouche sur son oreille et lui murmura
- Je t'aime. Tu es à moi, Sarah
Epouse moi
Subitement dégrisée, Mac se raidit et ouvrit les yeux. Il la regardait avec une tendresse, un amour qu'elle n'était pas prête à accepter
pas encore
pourquoi fallait il qu'il recommence, pourquoi ne pouvait il se contenter de ce qu'ils vivaient ?
Elle s'éloigna de lui, et son mouvement brusque ramena Harm instantanément du brouillard de plaisir dans lequel il s'était perdu. Il tendit la main vers elle, l'air inquiet.
- Sarah, qu'est ce qui ne va pas ?
Mac arracha le drap du lit, s'y enveloppa et partit sans un mot dans la salle de bains. Harm entendit la clef jouer dans la serrure, puis le silence s'installa, angoissant. Il enfila rapidement son t-shirt et son jean et s'approcha de la porte. Il resta un long moment à écouter le silence, ne sachant que faire ou que dire, s'interrogeant sur ce qui était arrivé. Il ne s'était pas rendu compte en les disant de la force des mots qu'il prononçait, mais ces mêmes paroles tournaient dans son esprit depuis plusieurs jours. Il n'aurait pas imaginé que Mac pourrait réagir de cette façon, il devait y avoir autre chose
ce ne pouvait être ce qu'il venait de dire
Devait il lui parler à travers la porte ou attendre qu'elle se décide à sortir ? Peut être était elle malade ? Peut être avait elle besoin d'aide ? Il finit par taper presque timidement à la porte.
- Mac
Sarah
tu vas bien ? Je peux faire quelque chose ?
- Oui
Fous moi la paix
Interloqué, Harm fronça les sourcils. Apparemment, elle n'était pas malade, c'était après lui qu'elle était en colère. Mais il n'était pas sûr de comprendre pourquoi. Il hésita un instant, appréhendant sa réaction s'il insistait un peu trop. Pourtant, il fallait qu'il sache pourquoi Mac avait cette attitude. Juste ce soir
- Sarah ? C'est à cause de ce que j'ai dit ? Sors et viens m'expliquer, s'il te plait.
- Bon sang, Harm, je t'ai dit de me foutre la paix. Je vais sortir tout à l'heure, laisse moi tranquille.
Sa voix tremblait, mais Harm n'arrivait pas à percevoir si c'était de colère ou parce qu'elle pleurait. Il entendit l'eau couler, masquant tous les autres bruits. Il valait mieux aller faire du café, il sentait qu'il allait avoir besoin de toute sa lucidité et de tout son sang froid.
Malgré l'eau qui emplissait la baignoire et couvrait le bruit de ses pleurs, Mac entendit les pas d'Harm s'éloigner. Elle savait qu'elle devrait sortir de son refuge et l'affronter, elle lui devait une explication, mais encore fallait il qu'elle admette pourquoi elle avait réagi avec tant de violence. Le piège se refermait sur elle.
Je ne suis à personne, je ne suis pas un objet, hurlait une voix dans sa tête. Une autre voix plus douce essayait de se faire entendre. Il ne pensait pas à mal. Il a dit qu'il t'aimait. Si tu lui avais expliqué, avant
Donne lui une chance. Je ne lui ai pas demandé de m'aimer, je n'ai rien fait pour qu'il me demande de l'épouser, répliqua la plus virulente des deux voix, prenant l'avantage. Mac se plongea dans l'eau chaude pour essayer de se calmer. Elle en ressortit presque aussitôt, elle n'avait en fait pas envie de se calmer, elle voulait mettre les choses au point avec Harm tout de suite, et elle avait besoin de sa colère pour l'affronter.
Elle enfila son peignoir, passa dans sa chambre en espérant ne pas l'y trouver. Elle vit le reflet d'Harm dans le miroir de sa coiffeuse, il était assis sur le divan, les yeux fixés sur ses mains, l'air désemparé, si impuissant qu'elle sentit sa colère se dissiper. Non, elle ne devait pas. Elle ne voulait pas. Elle n'était à personne.
Elle enfila rapidement un t-shirt et un jogging, pénétra dans le séjour et s'assit sur le fauteuil en face de lui.
Harm referma le poing sur l'objet qu'il regardait et leva les yeux vers Mac.
- Qu'est ce que j'ai fait, Sarah ? demanda t'il d'une voix à peine audible.
- Harm, je ne suis pas à toi. Je ne suis à personne, et je ne t'ai rien demandé, surtout pas de me dire que tu m'aimes ou de me demander de t'épouser.
Harm se passa la main sur les yeux et soupira, cherchant ses mots. Il aurait voulu se sentir aussi en confiance qu'il l'était au tribunal, il sentait qu'il jouait une partie importante, mais ne s'y était pas préparé.
- Tu es en colère parce que j'ai dit que je t'aimais, ou parce que dans un moment de passion j'ai eu un mot malheureux ?
- Tu ne le pensais pas quand tu disais que tu m'aimais ?
- Si, Sarah, et je peux même te le répéter maintenant. Je t'aime et c'est de ça que je voulais qu'on parle
Chut, attends une minute, laisse moi finir. Sais tu quel jour on est aujourd'hui ?
Mac le regarda avec incrédulité, et une pointe d'hostilité. Elle savait parfaitement quel jour on était, elle savait parfaitement ce qui s'était passé juste six mois avant. Mais elle avait cru que Harm n'y penserait pas, elle avait espéré que cet anniversaire passerait inaperçu.
- Tu croyais que j'allais oublier, n'est ce pas ? Sarah, je t'ai déjà dit que je voulais autre chose pour nous, mais tu m'as demandé du temps. Et ce soir, je voulais te donner ça, mais je ne sais pas si c'est le bon moment. De toute façon
ajouta t'il en haussant les épaules.
Il ouvrit le poing et tendit la main vers elle, pour lui montrer un anneau d'or serti d'une émeraude. Il resta là, le bras tendu, pendant que Mac regardait fixement la bague, impassible.
Le silence se faisait pesant entre eux, Harm sentait la frustration et la déception faire place à la colère. Il n'avait rien compris, il avait cru que s'il lui disait ce qu'il ressentait, s'il lui demandait de l'épouser, elle accepterait enfin de rendre leur relation officielle, et elle restait là sans réagir devant cette bague qu'il lui offrait. Oh, il savait bien que la scène n'était pas romantique, mais ses sentiments et cette preuve qu'il lui en donnait étaient authentiques, et elle ne disait rien. Il se sentait stupide et humilié.
Mac finit par lever les yeux vers lui, une expression indéchiffrable dans le regard.
- Je n'en veux pas, Harm, je ne t'ai rien demandé, je ne veux pas que les choses changent entre nous. Revenons en arrière et ne me demande plus rien pour l'instant
.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est tout ce que je te demande, tu ne veux pas le comprendre ?
- Mac, si tout ce que tu veux, c'est un étalon dans ton lit, je ne
La gifle partit plus violemment que Mac ne l'aurait voulu. Furieuse, elle regardait une marque rouge apparaître sur la joue gauche d'Harm, elle voyait la colère, la stupeur, l'incompréhension passer dans ses yeux.
- Va t'en
- Pas comme ça, Sarah, il faut qu'on parle. Ce n'est pas ce que je voulais dire
ne nous condamne pas sans qu'on en discute, s'il te plait.
- Quand vas tu comprendre que je ne veux pas la même chose que toi, que je t'ai demandé du temps et que tu ne veux pas m'en donner
- Je t'ai donné du temps, six mois, il te faut quoi pour accepter que nous soyons autre chose qu'un homme et une femme qui couchent ensemble. Bon sang, Mac, je ne comprends plus rien, de quoi as tu peur ?
- Je
je n'ai pas peur
je ne suis pas prête pour ce que tu veux, je ne suis pas à toi, je n'appartiens à personne. Tu ferais mieux de partir.
Blême, les poings serrés, Harm regarda Mac avec colère :
- Si je pars sans explication ce soir, Mac, je ne reviendrai pas.
- Je sais.
- Parle moi, Mac.
- Je n'ai rien d'autre à dire.
Il se leva, attrapa son blouson et sortit sans un mot, claquant violemment la porte sur son avenir en quittant l'appartement.
Immobile, les yeux secs, Mac regardait l'émeraude abandonnée sur la table basse, comme pour la narguer.
Elle avait agi comme une garce, fidèle à l'image d'elle que son père lui avait renvoyée pendant son adolescence. Sa colère bouillonnait encore, dirigée contre elle maintenant, comme un besoin irrésistible de tout détruire autour d'elle, d'être celle qui piétine ce qu'elle chérissait plutôt que de se voir abandonnée.
Pourquoi n'avait elle pas su lui parler plus tôt ? Elle avait espéré qu'Harm se contenterait de cette liaison encore
. Encore combien de temps ? Cela faisait des années maintenant qu'elle fuyait la réalité, qu'elle avait délibérément choisi d'oublier Chris et sa jeunesse. Elle avait menti à tout le monde, même à son oncle Matt qui n'aurait jamais accepté cette fuite en avant.
Mais quand vous avez laissé le mensonge s'installer dans votre vie, comment pouvez vous rétablir la vérité sans tout perdre ? Et dire la vérité, c'était détruire sa carrière, et perdre Harm. A quoi bon, elle l'avait perdu maintenant. Pourtant si elle continuait à se taire, si elle acceptait qu'il ne voit en elle que ce simulacre de femme qui ne rêvait que de son corps et fuyait tout engagement, peut être pourrait elle sauver une partie de leur amitié. Ou du moins leur bonne entente professionnelle.
Elle avait si souvent vécu sans amour, peut être pourrait elle cette fois encore ne vivre que pour son travail, oublier les six mois de bonheur qu'elle venait de traverser, six mois dans toute une vie, six mois pour durer toute une vie.
Doucement, sa colère s'apaisa et les larmes commencèrent à rouler sur ses joues. Elle prit la bague dans le creux de sa main, la caressant avec le pouce. Comment aurait elle pu lui dire, à lui plus qu'à tout autre, qu'elle avait déjà été mariée, et qu'elle n'avait jamais divorcé.
Elle ferma les yeux et vit devant elle l'expression d'incrédulité et d'horreur qu'aurait eu Harm si elle lui avait parlé de l'ancienne Sarah Mackenzie, épouse Raggle. Elle avait entraîné Harm dans une relation adultère qui aurait pu détruire leurs carrières, une relation qu'il aurait fuie s'il avait su la vérité et pendant six mois, elle avait cherché comment sortir de cette situation sans risquer de le perdre, lui, Harm. Elle avait essayé de retrouver Chris, mais seule et sans moyen officiel, elle avait échoué. Et puis même si elle l'avait retrouvé, elle était Major dans les Marines et pourrait difficilement demander le divorce sans que le Corps n'en soit informé
Et toute sa vie s'en trouverait remise en cause.
Elle retourna dans sa chambre, les larmes inondant ses joues, se glissa dans le lit, à la place où Harm moins d'une heure plus tôt la tenait contre lui, prit dans ses bras l'oreiller sur lequel elle respirait son odeur, et les yeux ouverts sur le vide, se prépara à affronter l'avenir sans joie qu'elle s'était construit.
AEROPORT INTERNATIONAL DE DULLES
ARRIVEE DU VOL EN PROVENANCE DE SYDNEY
24 novembre 1998
Comment pouvait on se sentir aussi fatiguée quand on avait passé le week end au fond de son lit, se demandait Mac avec dérision. Elle avait passé plus de temps à pleurer qu'à dormir, à se demander ce qui se serait passé si au lieu de le rejeter elle lui avait dit
Non, elle devait arrêter de penser à ça, si elle avait tout avoué à Harm vendredi, elle aurait aussi tout perdu.
Mais aujourd'hui, elle se sentait plus seule qu'elle ne l'avait été depuis son adolescence, depuis le jour où Oncle Matt était venue la chercher à l'hôpital pour prendre soin d'elle. Quand il avait été envoyé à Leavenworth, tout naturellement Harm avait pris le relais, et elle avait toujours pu aller le voir quand elle perdait pied. Il était là quand Dalton avait été assassiné, il était là quand Coster l'avait poursuivie, mais elle venait de tout perdre.
Non sans mal, Mac avait réussi après un long passage sous la douche à reprendre une attitude digne de l'uniforme qu'elle portait.
Elle était soulagée de ne pas avoir à rencontrer Harm pendant quelques jours.
Pour la durée d'une commission d'enquête il était détaché sur la Colline auprès de son amie le député Bobbi Latham. Avant qu'il revienne au JAG, elle aurait probablement réussi à reconstruire son armure, il ne saurait jamais ce qu'elle vivait. Jamais
Les voyageurs commençaient à sortir au compte gouttes. Mac n'avait pas pensé à consulter la photo de ce capitaine Michael Brumby qu'elle devait accueillir et conduire au Quartier Général, mais elle était en uniforme, il serait en uniforme, ce ne devait pas être trop difficile.
Elle avait fait la moue quand l'amiral lui avait demandé d'aller en personne le chercher à l'aéroport, mais maintenant elle était heureuse de cette diversion. Elle n'avait rien de vraiment passionnant dans son emploi du temps de la semaine, et elle avait bien besoin de s'occuper l'esprit. Ce capitaine australien aurait finalement son utilité.
Un groupe de jeunes hommes en tenue décontractée, riant bruyamment, la dépassa en la dévisageant. Elle les foudroya d'un regard méprisant et se tourna vers le capitaine australien qui franchissait maintenant la porte.
- Capitaine Michael Brumby ? Je suis le Major Sarah Mackenzie, du JAG. Bien
- Excusez moi, Major ?
Furieuse, elle se tourna vers l'intrus, un de ces civils qui venaient de passer près d'elle. Il lui souriait chaleureusement, et avant qu'elle ait pu le remettre à sa place, lui lança
- Major, je suis le capitaine Brumby
Mac, rouge de confusion, se tourna vers l'officier devant elle, qui la regardait d'un air amusé.
- Je suis désolée, Monsieur.
- C'est moi qui suis désolé, Major, j'aimais beaucoup cet accueil
Pendant qu'il s'éloignait, Mac essayait de reprendre son sang-froid. Pourquoi fallait il que juste aujourd'hui, elle se rende ridicule. Elle n'était vraiment bonne à rien en ce moment. Son père avait raison.
Non, stop, lui cria la petite voix douce dans sa tête, arrête tout de suite, tout va bien.
Inspirant profondément, elle regarda le capitaine Brumby et lui sourit.
- Bienvenue à Washington, Capitaine. Je suis le major Sarah Mackenzie. Appelez moi Mac.
- Bonjour, Mac. Et appelez moi Mic, d'accord ?
- D'accord. Et bien Mic, vous voulez aller à l'hôtel tout de suite ?
- On va peut-être attendre de se connaître un peu mieux, lança t'il avec gaieté, avant de s'interrompre devant le regard glacial que Mac venait de lui jeter. Euh
vous m'emmenez au JAG, j'aimerais me plonger tout de suite dans le bain.
AU NORD D'UNION STATION - APPARTEMENT D'HARM
27 novembre 1998 - 20 heures 30 heure locale
Il était chez lui, sa corvette était là et les fenêtres de son appartement laissaient passer la lumière. Pourtant elle n'arrivait pas à se décider à sortir de sa voiture. Ils ne s'étaient pas revu, pas parlé depuis vendredi soir, depuis qu'il était sorti de chez elle en claquant la porte.
Qu'allait il penser si elle sonnait chez lui à cette heure ci ? Qu'elle venait le relancer ? Qu'elle avait changé d'avis ? Qu'elle ne pouvait pas se passer de lui ? Au moins, cette dernière constatation était vraie, même si elle n'était pas là pour ça.
Ironie du sort, son passé l'avait rattrapée au moment même où son avenir disparaissait à cause de ce même passé.
Quand elle avait vu Chris lundi dans son bureau, toujours aussi beau, aussi charmeur, elle avait d'abord pensé que le manque de sommeil, que les regrets avaient eu finalement raison de ses sens. Mais non, ce n'était pas une illusion, Chris Raggle, l'homme qu'elle avait épousé douze ans plus tôt et dont elle n'avait jamais divorcé, cet homme qu'elle avait vainement cherché à localiser depuis quelques mois, était bien là devant elle, un sourire enjôleur sur les lèvres.
- Bonjour Sarah. Tu ne veux pas dire bonjour à ton mari ?
Elle n'était pas sûre de savoir pourquoi il était revenu, probablement pour lui soutirer de l'argent en menaçant de la faire chanter. Tout le passé de Mac remontait d'un coup à la surface. Chris lui avait parlé de la liaison qu'elle avait eue avec John Farrow à Okinawa, cette liaison à laquelle elle avait mis fin quand John, lui aussi, avait voulu un engagement. Pourquoi tout devait il recommencer ?
Elle avait senti dès le début qu'elle devait rester éloignée d'Harm, qu'elle n'avait pas le droit d'être autre chose qu'une amie pour lui, et pourtant c'était elle qui s'était glissée dans son lit. Et elle n'avait même pas de remords d'avoir passé six mois dans ses bras. C'était probablement une erreur, mais comment pourrait on éprouver du remords d'avoir été heureux ?
Lentement, elle sortit de sa voiture et se dirigea vers le hall de l'immeuble. Pour se donner un peu de temps, elle monta tranquillement l'escalier, se préparant à la confrontation, au regard d'Harm, à sa déception quand elle lui parlerait de Chris. Mais elle avait besoin de son aide pour faire face à ce problème, et elle ne voulait surtout pas qu'Harm apprenne l'existence de son mari autrement que de sa bouche. C'est elle qui avait fait l'erreur de l'épouser, elle qui n'avait jamais divorcé, elle devait faire face aux conséquences.
Elle sonna un coup bref et se raidit, se préparant au choc de ces yeux bleus qu'elle ne pouvait effacer de son esprit, et la porte s'ouvrit
sur Bobbi Latham qui lui sourit largement.
- Mac !
Une musique de jazz en sourdine, Harm en jean et chemise noire en train de faire la cuisine, la bouteille de chianti débouchée sur le comptoir
Mac se figea. Qu'est ce qu'elle était venue faire ici ? Ce n'était pas sa place. Ce n'était plus sa place, il ne voulait plus d'elle, et il n'avait pas été bien long à se consoler. Il était comme les autres, tous les autres.
Il s'était tourné vers la porte, et d'un air amical insista :
- Entrez, entrez
- Oui, ajouta Bobbi, il y a assez à manger pour trois.
Mac recula d'un pas, elle aurait voulu partir en courant, mais elle tenait à garder sa dignité. Si Harm était capable de passer si vite à autre chose, elle n'allait pas lui montrer qu'elle en souffrait.
- Je n'ai pas faim. Je voulais vous parler, mais ce n'est pas le bon moment, alors appelez moi demain.
- Bien sûr.
Elle s'éloigna, la démarche assurée mais le cur prisonnier d'un étau de glace. Sa décision était prise, elle allait donner tout l'argent qu'elle pouvait à Chris pour qu'il quitte sa vie, mais elle ne ferait aucune autre démarche. Elle avait perdu Harm, elle ne perdrait pas sa carrière et le respect de son commandant en avouant ce mariage qu'elle avait toujours caché.
Bobbi referma la porte, et le regard inquisiteur, s'approcha d'Harm.
- Vous ne lui courez pas après ?
- Elle vient de me dire de l'appeler demain.
- Je n'ai jamais compris pourquoi vous n'étiez pas plus liés tous les deux.
- Parce que nous travaillons ensemble et que ça ne marcherait pas. Nous sommes trop différents.
Il se tourna vers l'évier, apparemment concentré sur la préparation de sa sauce ; il voulait échapper au regard curieux de Bobbi.
Après l'attitude de rejet que Mac avait eue vendredi, il n'aurait jamais cru qu'elle viendrait lui parler. Il aurait voulu la retenir, mais la présence de Bobbi et son satané amour propre l'avaient arrêté.
Il ne savait pas s'il l'appellerait demain, certaines choses ne pouvaient pas se dire au téléphone.
Il n'était pas sûr d'avoir envie de recommencer cette conversation. Il essayait sans vraiment y parvenir de faire un trait sur ses espoirs détruits. Il savait que malgré toutes ses résolutions, si Mac lui demandait de revenir, il accepterait ses conditions. Il se méprisait d'avoir besoin d'elle à ce point, de la désirer autant, mais il ne pouvait que constater sa faiblesse. Le souvenir de son corps, de son odeur, de ses caresses hantait son esprit depuis qu'il avait claqué cette porte et toutes les nuits, il rêvait qu'il retournait chez Sarah, la suppliait de lui pardonner et lui faisait l'amour. Un rêve si réel qu'il se réveillait en sueur au milieu de la nuit, honteux de réagir comme l'adolescent qu'il n'était plus depuis si longtemps et automatiquement il tendait la main vers le téléphone pour l'appeler.
Il savait qu'une nuit, il n'arriverait pas à se maîtriser et téléphonerait à Sarah.
Non, cela ne pouvait pas se reproduire. Leur aventure l'avait mis dans un état de dépendance insupportable dont il devait se libérer. D'une façon ou d'une autre.
AU NORD D'UNION STATION - APPARTEMENT D'HARM
28 novembre 1998 - 0 heures 30 heure locale
Bobbi finissait de se rhabiller, aussi mal à l'aise que Harm l'était.
Il avait fait une erreur, une de plus à son passif, et avait probablement blessé une femme qu'il respectait et pour laquelle il avait une profonde affection.
Pourtant, quand il l'avait embrassée après leur prétendu dîner de travail, il avait trouvé tellement facile de se laisser aller à la caresser, ne pensant à rien d'autre qu'au plaisir qu'ils se procuraient. C'était exactement le genre de relation qu'il allait chercher désormais, un simple bien être physique sans engagement de l'âme, un échange de chaleur qui ne prête pas à conséquence.
Et un jour, il finirait par oublier Mac.
Tout était apparemment si simple avec Bobbi, elle ne semblait vouloir que son corps, elle était séduisante, et douce, et chaude, et habile
Harm avait tout fait pour oublier Mac cette nuit, et pensait avoir réussi.
Jusqu'au moment où il avait joui en appelant " Sarah ".
Bobbi n'avait pas réagi tout de suite, elle l'avait laissé aller au bout de son plaisir, puis lui avait souri tristement en lui caressant la joue et lui avait murmuré
- Je suis désolée, Harm, je ne suis pas un lot de consolation. Je vais vous laisser, et nous allons oublier ce qui vient de se passer.
Il attendit qu'elle ait fini de se préparer, l'accompagna jusqu'à sa voiture, puis monta dans sa Corvette, il connaissait un bar du côté de Dupont Circle
. Il ne finirait pas la nuit seul, pas cette nuit.
BASE DES MARINES DE QUANTICO - VIRGINIE
30 novembre 1998
-Il n'a pas la même façon de faire la cour que moi, dit il en lui caressant doucement la joue.
Elle déposa un baiser léger dans le creux de sa paume et leva les yeux vers John.
Mac avait toujours eu beaucoup de tendresse pour lui, et il ne la jugeait pas, lui.
Quand elle l'avait quitté, il n'y avait pas eu de scène, pas de dispute, il lui avait juste répété qu'il serait toujours là pour elle et que si un jour elle changeait d'avis
. Il ne l'avait pas regardé avec mépris quand elle avait parlé de Chris, quand elle lui avait révélé ce mariage désastreux auquel elle n'avait jamais mis fin. Il était tellement différent d'Harm dans sa façon d'aimer, tellement moins exigeant.
Il ne lui demandait pas d'être parfaite, il savait qu'il ne l'était pas.
Harm n'avait pas appelé, trop occupé sans doute avec Bobbi, trop orgueilleux, trop
Rabb.
Elle avait donné autant d'argent qu'elle le pouvait à Chris, l'avait accompagné à Reagan National et avait essayé d'oublier
Mais Chris était revenu, il avait de gros ennuis et menaçait vraiment de la faire chanter. S'il révélait sa liaison passée avec John Farrow, leurs carrières à tous deux seraient brisées. Elle devait prévenir John, il fallait qu'elle parle à quelqu'un, c'était trop dur de faire face à ça toute seule, pas après avoir perdu Harm la semaine d'avant.
Elle avait passé le week end à lutter contre l'envie d'aller dans le premier bar venu et d'oublier sa vie dans un verre de gin. Enveloppée dans le sweat-shirt Navy que Harm avait abandonné chez elle, la main refermée sur une émeraude qui s'imprimait dans sa chair, elle était restée toute la nuit à regarder les flammes danser dans la cheminée, le téléphone près d'elle. Elle avait décroché le combiné trop de fois pour les compter, et avait à chaque fois raccroché sans appuyer sur la touche mémoire du numéro d'Harm.
Il n'était probablement pas seul, Bobbi n'avait pas l'habitude d'abandonner ce qu'elle avait conquis.
A l'aube, Mac avait su que son seul recours était John Farrow, il l'aiderait, et puis elle devait éviter que la carrière de son ancien mentor, ou du moins ce qu'il en restait, soit détruite.
Et il était là, solide, la berçant dans ses bras, lui disant de ne pas s'inquiéter, qu'elle avait eu raison de venir le trouver, qu'il allait s'occuper de Chris. Pourquoi n'était ce pas de lui qu'elle était amoureuse ? Avec lui, son cur aurait été à l'abri.
WASHINGTON MONUMENT - WASHINGTON D.C.
1er décembre 1998
- Je ne savais pas ce que vous vouliez, Mac, je vous ai pris un hot-dog
- Je n'ai pas faim, Harm
Merci de m'avoir évité la prison.
- L'Aéronavale ne considère pas que vous représentiez un danger, Mac. Mac, il faut que je vous interroge, vous le savez
.
Ils commencèrent à avancer lentement vers le Lincoln Memorial, quelques joggeurs les croisaient, de jeunes et brillants fonctionnaires qui travaillaient dans les administrations toutes proches et profitaient de la pause déjeuner pour prendre un peu d'exercice. L'air était vif, mais les grands froids n'étaient pas encore arrivés sur Washington, les oies s'ébattaient dans le bassin miroir et les écureuils sur les pelouses n'étaient pas encore partis hiberner.
Mac regardait sans le voir ce décor dont elle avait l'habitude, revivant encore et toujours cette terrible nuit, les menaces de Chris, le coup de feu, le commissariat et la voix d'Harm quand elle l'avait appelé au secours en plein milieu de la nuit.
- Harm, c'est moi.
- Qui ? Bobbi ?
- Non, Mac
Harm, je viens de me faire arrêter.
- Arrêter ? Pour quelle raison ?
- Pour le meurtre de mon mari
.
Puis le silence, et enfin la voix contenue, professionnelle de Harm
- Où êtes-vous ?
- Au commissariat de Brookland.
- J'arrive.
Quand Harm était arrivé une demi-heure après, son regard avait rapidement noté la présence de John Farrow dans la pièce, près d'un autre inspecteur. Qu'est ce que Farrow faisait là ? L'inspecteur Willis s'était fait un plaisir de lui expliquer la version de la police : avec l'aide de son amant, Sarah Mackenzie s'était débarrassée d'un mari encombrant. Harm, impassible, avait rempli les différentes formalités et repris au nom de l'Aéronavale une affaire que la justice civile était trop débordée pour traiter.
Sans prononcer un mot, il avait emmené Mac et Farrow au JAG et les avaient laissés à la garde des marines en faction, donnant des instructions pour qu'on aille leur chercher des tenues appropriées à leurs domiciles. Puis, sans avoir échangé une parole avec Mac, il s'était tourné vers Farrow :
- Je vais prévenir l'amiral Chegwidden, nous revenons aussi vite que possible. Essayez de prendre du repos, vous allez en avoir besoin.
Et maintenant il marchait en silence près d'elle, attendant qu'elle parle, trop confus pour savoir quoi lui dire.
Elle s'arrêta et se tourna vers Harm.
- Qui voulez vous interroger ? Votre cliente, votre amie ou
votre maîtresse ?
-
. Mac
Pourquoi ne m'avez vous pas dit que vous étiez mariée ?
Il luttait pour garder un ton aussi calme que possible, mais son regard exprimait toutes les questions qui le tourmentaient depuis qu'il avait reçu son appel : pourquoi n'avait elle rien dit avant ? Croyait elle qu'il la rejetterait ? Etait ce pour cela qu'elle était venue le voir le soir où Bobbi
Il n'avait pas pris la peine de l'écouter alors, c'était sa faute à lui si elle était allée chercher Farrow pour l'aider. Il l'avait abandonnée quand elle avait besoin de lui. Mais Farrow
et Sarah
Il secoua la tête pour chasser ses pensées, il devait garder la tête froide pour protéger Mac, pour l'instant le reste ne devait pas compter. Il y penserait plus tard
.
Mac l'étudiait, elle s'était attendue à ce qu'il la juge, à ce qu'il lui reproche de l'avoir entraîné, lui, Harmon Rabb jr, l'officier irréprochable, dans une affaire qui pourrait ruiner son avenir. Mais ce n'est pas ce qu'elle lisait dans ses yeux
- Je ne pouvais pas
j'avais peur
- Vous savez tout de moi, Mac. Je ne vous ai jamais rien caché d'important.
- Mais votre vie est simple et claire, Harm. Vous n'avez pas de fantômes dans votre passé. Enfin, pas comme les miens, les vôtres sont honorables, vous pouvez en être fier. Moi
.. Qu'auriez vous dit si je vous avais annoncé, quand on cherchait mon oncle, que j'étais une alcoolique mariée à un minable petit braqueur et que j'avais " oublié " d'en divorcer
Même Oncle Matt ne connaît pas l'existence de Chris. J'avais trop honte
et maintenant tout le monde est au courant.
- Pourquoi n'avoir jamais divorcé ?
- C'était plus simple de faire comme s'il n'existait pas. Ne me regardez pas comme ça, Harm, s'il vous plait, je ne veux pas me donner en spectacle ici. Je crois que j'en ai assez fait comme ça.
- Pourquoi êtes vous allée demander de l'aide à Farrow ?
- Parce que j'ai confiance en lui
et vous n'étiez plus disponible pour moi
.
Il serra les dents et inspira profondément. Il ne devait penser qu'à sa cliente, s'il se laissait submerger pas ses sentiments, ils seraient tous les deux en danger. Mais il voulait malgré tout rassurer son amie, lui dire qu'il était près d'elle.
- Sarah, pour l'instant je ne veux m'occuper que de ma cliente, vous comprenez ? Je vais vous sortir de là, Sarah, je vous le promets. Mais quand tout sera fini, il faudra qu'on parle tous les deux, qu'on parle vraiment. Vous êtes d'accord ?
- Harm, quand tout sera fini, vous vous éloignerez de moi le plus possible, pour votre bien et le mien. Il ne faut plus parler de ce qui s'est passé, Harm, oubliez moi, c'est mieux pour nous, je vous assure.
- Sarah
- Non, Harm. Je porte malheur, tous les hommes qui m'approchent meurent ou se demandent s'ils ne seraient pas mieux morts. Restez loin de moi, Harm.
Harm la regarda longuement, cherchant à comprendre ce que ces yeux brillants de larmes contenues lui cachaient encore, puis il lui sourit tristement et ajouta.
- On verra, Mac.
DESERT DE KANDAHAR - IRAN
7 décembre 1998
-Dommage que tu ne fumes plus, j'aurais bien fumé un bon cigare
Tu pourrais me regarder quand je te parle, Rabb, même si je reconnais qu'elle est plus mignonne que moi
Harm se tourna vers Keeter avec un demi sourire.
- On peut reprendre ? Je n'ai pas beaucoup de temps pour absorber toutes tes connaissances, Keeter, on peut rester concentré ?
- Je n'avais pas l'impression que c'était moi qui pensais à autre chose.
- Je ne pensais pas à autre chose, je regardais dans le vide et je rassemblais mes idées
- Ta notion du " vide " n'est pas la même que la mienne, mon vieux
Hé, du calme, on a toute la nuit et je t'ai déjà tout expliqué trois fois. Si on parlait un peu de toi et de ta superbe partenaire maintenant. Comment as tu fait pour me la cacher si longtemps ? Tu aurais pu me dire à quoi ressemblait ce major Mackenzie quand tu me parlais de ses " qualités ".
- Ferme la
- Pourquoi ? Serais-je en train d'aborder un sujet sensible ? Harm, ça fait combien de temps déjà que tu as rompu avec Annie ?
- Je n'ai pas rompu avec Annie, c'est elle qui m'a quitté
- Ouais, tu parles, parce que tu faisais tout ton possible pour que Josh ne pense qu'à suivre les traces de son père, elle m'a expliqué
- Elle t'a expliqué ?
Harm regarda son ami, incrédule. Il n'avait jamais vraiment parlé avec lui de son histoire avec Annie, il avait juste mentionné que ça n'avait pas marché
- Reviens sur terre, Rabb, tu n'étais pas le seul ami de Luke, et rappelle toi, c'est moi le parrain de Josh, je le vois beaucoup plus souvent que tu ne l'as jamais vu, et moi je respecte ce que me demande Annie.
-Tu as fini la leçon de morale ?
- Non, je commence
. Ferme la un peu, tu veux
. Tout ce que je savais de vraiment pertinent sur Mac avant cette semaine, c'est Annie qui me l'a dit. Elle m'a raconté à quel point Mac ressemblait à Diane, elle m'a dit la façon dont tu la regardais sans même t'en rendre compte. Toi tu n'as jamais parlé d'autres choses que de ses compétences
Tu veux me faire croire que tu n'avais pas remarqué ? ou tu préférais ne pas en parler pour ne pas te rappeler ta petite amie morte ?
- Diane n'était pas ma petite amie.
- Parce que tu es un abruti
. Luke et moi, on avait parié contre Sturgis que vous alliez vous marier en sortant de l'Académie, et je t'en veux encore de m'avoir fait perdre.
Harm fronça les sourcils, et interrompit Keeter.
- Maintenant ça suffit. Je n'ai pas l'intention de te parler de ma vie sentimentale, passée, présente ou à venir, je ne l'ai jamais fait et je ne vais pas commencer. Alors tu me fous la paix et on reparle de l'appareil.
- Doucement, Rabb
. Je ne veux pas te mettre en colère, j'ai juste l'impression que tu me caches quelque chose d'important, depuis pas mal de temps, et je me demande si tu n'as pas besoin d'un ami à qui parler. Tu m'as sorti de pas mal de galères, à commencer par celle là, et si je peux faire quelque chose
- Il n'y a rien à faire, je n'ai aucun problème
- Même pas avec ta partenaire ?
Le regard noir d'Harm, ses mâchoires crispées, montrèrent clairement à Keeter qu'il avait touché un point sensible mais il n'était pas du genre à laisser tomber quand il était confronté à Rabb. Il le connaissait trop, savait à quelle vitesse Harm était capable de fuir une situation qu'il ne maîtrisait pas émotionnellement. Bon sang, ce type était probablement un des meilleurs pilotes de l'Aéronavale, après lui bien sûr, sa réputation d'avocat et d'enquêteur le précédait partout où il arrivait sur une base ou un porte avions, mais dès qu'il devait faire face à ses sentiments, il était aussi démuni et frileux qu'un adolescent.
Et puis Keeter n'avait pas peur d'une bonne engueulade avec Rabb, en trois ans dans la même chambre à l'Académie, ils en avaient eu de façon régulière, et elles avaient finalement scellé leur amitié.
- Annie est sûre que tu es amoureux de Mac, c'est une des raisons pour lesquelles elle est partie. Ca et Josh, et Luke
- Luke ?
- Elle avait l'impression d'avoir remplacé l'homme qu'elle aimait par son double, ce n'est pas toi qu'elle voyait, c'était Luke, et quand elle s'est rendu compte que pour Josh aussi tu étais un substitut, elle a su qu'elle avait tout faux
Et je crois avoir compris que tu n'as pas vraiment cherché à la rattraper.
- C'est elle qui m'a dit de ne plus jamais l'appeler !
- Et toi, ça t'a arrêté !!!
Tu es vraiment le type le plus stupide que je connaisse dès qu'on parle de femmes, Rabb. Qu'est ce que tu risquais ? Qu'elle te raccroche au nez, un petit bleu pour ton ego, rien d'autre. Bon sang, si tu l'avais aimée, tu n'aurais pas laissé tomber comme ça, tu te serais battu pour la récupérer, tu aurais accepté ses conditions, toutes ses conditions.
- Je tenais à elle, Keeter, énormément.
- Tu étais amoureux ?
-
.
Keeter vit le regard de son ami se diriger instinctivement vers la silhouette assise près du feu. Il commençait à comprendre que la situation était bien plus complexe qu'il ne l'avait imaginé.
Quand Annie lui avait parlé du major Mackenzie, il avait pensé que ses commentaires étaient nés de sa déception. Harm était souvent associé à des femmes dans son travail, et rarement des laiderons, le veinard. Il se souvenait du lieutenant Austin, qu'il avait cherché à revoir après Cuba, et qui l 'avait si gentiment envoyé sur les roses
. Il avait pensé que Mac n'était qu'une autre de ces partenaires compétentes, mais terriblement séduisantes sur qui Harm avait la chance de tomber, et qu'Annie s'était fait des idées, une fois de plus.
Mais en regardant Harm cette nuit, il sentait qu'il y avait autre chose entre eux que ce qu'on pouvait voir. Et que son ami souffrait.
Mac commençait à s'installer près de la jeep, les hommes s'étaient rassemblés près du feu, mais elle préférait avoir un peu plus d'espace.
Elle leva les yeux en sentant une présence à ses côtés.
- Je peux m'asseoir près de vous ?
- Bien sûr Harm, répondit elle avec un sourire instinctivement chaleureux, mais elle se reprit tout de suite et détourna le regard.
- Keeter vous a tout expliqué ? Vous êtes sûr que ça va aller ?
- Sans problème, Mac, vous me connaissez, je suis né pour piloter
.
La chaleur et l'humour qu'elle entendait dans sa voix la dégelèrent un peu et elle se tourna vers lui, souriant à demi.
- Vous ne devriez pas passer autant de temps avec Keeter, je ne sais pas lequel de vous deux est le plus arrogant, Harm
C'est un concours entre vous ?
- Vieilles habitudes avec un vieil ami, Mac. Nous plaisantons, c'est tout, ça aide à vaincre le stress. Vous devriez entendre ce que disent les pilotes au retour d'une mission
.
- Je sais, Harm, je vous ai déjà vu revenir
Elle lui sourit plus chaleureusement.
- Harm, je ne vous l'ai pas encore dit, mais
. Merci de ne pas m'avoir laissé tomber, merci d'avoir cru en moi
Il resta silencieux, son regard caressant son visage, sa bouche, pour enfin remonter vers les yeux de Mac.
Keeter avait raison, il devait se battre pour la femme qu'il aimait, pour garder Mac.
Ils n'avaient pas pu se parler à l'issue du procès, cette affaire d'avion espion leur était tombée dessus à peine sortis de la salle d'audience. S'il attendait de rentrer à Washington, tout pouvait arriver. Il n'était même pas sûr de la façon dont cette mission allait se terminer, il n'allait pas risquer de perdre Mac comme ça. S'il ne devait pas revenir sur le Seahawk, il ne voulait pas qu'elle croie qu'il avait eu peur de son passé. Elle devait oublier Chris, repartir de l'avant, ne pas se laisser envahir par un sentiment de culpabilité, par l'impression qu'elle ne valait rien. Si elle devait rentrer seule à Washington, il voulait qu'elle sache qu'il l'avait aimé et l'aimerait toujours, malgré son passé, malgré ses mensonges, pour qu'elle puisse se reconstruire, même sans lui. Il voulait qu'elle soit heureuse.
- Sarah, je ne pourrai jamais vous laisser tomber, je croirai toujours en vous
- Non, Harm, s'il vous plait
- Sarah, j'ai dit que je voulais qu'on parle quand vous seriez tirée d'affaire, et je pense que maintenant est un aussi bon moment qu'un autre
.
- Harm, écoutez
- Non, toi, écoute moi. Ton passé, Sarah, a fait de toi celle que tu es, la femme merveilleuse dont je suis amoureux, et je t'admire d'avoir su faire face seule à tout ça, et d'être devenue celle que tu es. Je ne crois pas que j'en aurais été capable, tu es forte, Sarah, et j'ai besoin de ta force. Si tu m'avais parlé de ton mari, j'aurais juste un peu changé l'ordre des événements, je t'aurais aidé à le retrouver et à régler paisiblement la situation avant de te demander de m'épouser, mais je l'aurais fait malgré tout. Je ne veux même pas envisager l'avenir sans toi à mes côtés aujourd'hui. Pendant ces trois semaines sans toi, Sarah, j'ai tourné en rond, j'ai essayé de t'oublier avec d'autres pour ne pas devenir fou. Si tu savais comme je m'en méprise. Ne te punis pas en me repoussant, je suis prêt à te donner tout le temps que tu voudras, mais je ne veux pas te perdre.
Mac restait silencieuse, le dévisageant sans laisser paraître la moindre émotion.
Il ne lisait rien sur son visage, rien dans ses yeux. Il jeta un coup d'il vers le feu de camp.
Keeter et l'Iranien se préparaient à dormir et ne semblaient pas faire attention à eux. Ils étaient à moitié dissimulés par la jeep, et de toute façon, Harm savait que Keeter ne dirait rien. Quant à l'Iranien
tant pis
même si Webb devait apprendre quelque chose, le risque était infime en comparaison de ce qu'il pouvait perdre.
Il tendit une main hésitante vers Mac et lui caressa la joue du bout des doigts.
- Sarah ?
-
- Sarah, je ne renoncerai pas, je te demande seulement de me faire confiance et de revenir vers moi quand tu t'en sentiras prête. Je suis prêt à t'attendre, le temps qu'il te faudra.
- Harm ?
- Oui
- Pourquoi crois tu que je pourrais revenir vers toi ? As tu pensé que moi je pouvais ne pas en avoir envie ?
- Sarah, ne dis rien pour l'instant, tu veux bien ? On en parlera quand on sera rentré, ne dis rien de définitif maintenant, prends le temps d'y penser
Il allait se lever pour retourner près du feu de camp, mais s'arrêta net, indécis. Il se pencha vers Mac, toujours assise et d'une voix hésitante ajouta :
- Il va faire froid cette nuit, tu ne devrais pas dormir ici toute seule.
Elle leva les yeux vers lui, attendant la suite, toujours aussi impassible.
- Mac, je peux dormir près de toi, histoire de partager un peu de chaleur humaine, comme dans les Appalaches ?
Elle lui sourit enfin timidement
- Un peu de chaleur humaine, Harm ? Pourquoi pas ?
Il s'allongea près d'elle, essayant de trouver une position confortable, et l'attira contre lui, dans sa chaleur, refermant les bras sur elle dans un geste de protection. La tête contre sa poitrine, Mac écoutait les battements réguliers de son cur, respirait son odeur et doucement les larmes commencèrent à couler, regrets des jours perdus et de cet avenir qui n'était pas pour elle.
Si elle l'écoutait, elle savait qu'ils se feraient souffrir, l'amour ne pourrait pas tout régler dans leur cas, ils s'étaient déjà fait trop de mal, encore un échec et ce serait également la fin de leur amitié. Elle avait eu tort de se laisser aller à Moscou, même si elle n'avait pas été mariée, cela aurait été une erreur. Elle devait trouver le moyen de convaincre Harm de l'oublier. Il ne renoncerait pas si facilement, elle le connaissait, il était capable d'être obstiné jusqu'à l'obsession.
Elle ne serait pas son obsession, il méritait mieux qu'elle.
TRANSPORT A DESTINATION DE LA BASE D'ANDREWS
AU DESSUS DE L'ATLANTIQUE
10 décembre 1998
Mac, assise à côté de Mic près du hublot, riait à chacune des plaisanteries de son voisin. Ses yeux brillaient, de temps en temps, elle se mordillait la lèvre inférieure, ce geste si intime qu'Harm avait appris à connaître et même à provoquer, quand ses mains
Non, ça ne servait à rien de penser à leurs nuits, de la regarder, à rien d'autre qu'à le faire douter. Assis près de Keeter, qui inconscient de la nervosité de son ami ronflait doucement, Harm se sentait impuissant.
Avant qu'il la laisse partir sans lui à travers le désert pour rejoindre la côte de la Turquie, c'était pourtant elle qui lui avait ouvert les bras pour une étreinte presque désespérée.
Après son appontage, il avait attendu pendant deux jours avec Bud et Mic le retour de Mac et Keeter, deux jours à tromper son inquiétude en débriefing avec Webb, puis en tests de pilotages sur cet avion furtif. Il avait dû supporter les vantardises de Mic, qui racontait à qui voulait l'entendre son passé de boxeur, sa double nationalité et les plages de son pays. La patience d'Harm avait été mise à rude épreuve quand Mic avait expliqué à Bud qu'il avait invité Mac à aller faire du ski avec lui pour les fêtes de fin d'année. Il ne manquait pas de culot, après avoir essayé de lui imputer la mort de Raggle, il l'avait invitée à dîner, et maintenant semblait se vanter auprès de toutes les oreilles complaisantes de sa future bonne fortune.
- Vous êtes hors de propos, Capitaine, vous parlez d'un autre officier et je vous prie de mesurer vos paroles.
- Doucement, l'ami, ne vous fâchez pas, je croyais qu'il n'y avait rien entre vous. Vous êtes jaloux ?
- Ce n'est pas de la jalousie, seulement le respect des règles de l'Aéronavale. Si je vous entends à nouveau colporter ce genre de paroles au sujet d'un autre officier, je vous promets que l'amiral lui-même vous remettra dans l'avion pour Sydney avec un rapport circonstancié.
- D'accord, Rabb, j'ai compris, mais ça ne change pas vraiment la situation. Mais c'est bon, je vais être discret.
Harm l'avait fusillé du regard, se promettant de tout faire pour l'empêcher de s'approcher de Sarah. Oh oui, il était jaloux, mais il savait aussi que la réputation du Major Mackenzie était vacillante, et Mac n'avait surtout pas besoin de ce genre de publicité pour l'instant.
Et elle était enfin revenue, elle était entrée dans la salle de simulation, Keeter sur ses talons, et c'était vers Harm qu'elle s'était dirigée immédiatement. Il lui avait ouvert les bras, soulagé, et l'avait étreinte avec chaleur, cherchant à lui témoigner dans ce geste banal d'amitié tout l'amour qu'il éprouvait. Elle sentait le vent, le soleil, le désert, il aurait voulu être seul avec elle, poser ses lèvres sur ses cheveux un peu emmêlés et lui murmurer dans l'oreille son inquiétude et son bonheur de l'avoir enfin retrouvée.
Mais ils étaient là autour d'eux, Bud, Keeter et Mic, Mic qui les examinait d'un air un peu trop curieux.
Alors il avait relâché son étreinte et l'avait vue s'avancer vers Mic, lui sourire largement et accepter que lui aussi la serre dans ses bras. Comment pouvait elle ?
Elle le connaissait depuis à peine deux semaines
Il ferma les yeux pour échapper au spectacle de Sarah avec un autre homme et commença à attendre que l'avion atterrisse.
APPARTEMENT DE MAC - GEORGETOWN
10 décembre 1998 - 20 heures 30 heure locale
La musique filtrait au travers de la porte, une musique semblable à celle que Sarah aimait écouter quand ils étaient ensemble, avant, il y avait tellement longtemps lui semblait il. Au moment où Harm frappa doucement, il entendit un rire masculin, une voix qu'il reconnut tout de suite et qui le glaça.
Qu'est ce que Mic faisait chez elle ce soir ?
Il faillit tourner les talons, mais avant qu'il en ait le temps, la porte s'ouvrit sur un Mic rayonnant, revêtu d'un tablier de cuisine, une cuiller en bois à la main.
- Rabb ! Quelle surprise !
Sarah, vous ne m'aviez pas dit que vous attendiez de la visite
à part moi
Et en plus, il l'appelait Sarah
Mac sortit nonchalamment de la cuisine et s'approcha de la porte en souriant. Elle s'arrêta devant Harm et fronça les sourcils.
- Harm, ne me dites pas que vous deviez venir travailler et que j'ai oublié. C'est pour quelle affaire ? Je suis vraiment désolée
- Je ne
Non
Enfin
Je passais juste pour voir comment vous alliez, Mac, et vous emmener dîner, mais je crois que vous n'êtes pas
-
libre ? Non Harm, je ne suis pas libre, vous auriez dû appeler, ça vous aurait évité de traverser Washington pour rien. Et en plus, je ne peux pas vous proposer de partager notre dîner, nous n'avons rien de végétarien à vous offrir. Mais si vous voulez un bon steack bien saignant
- Sarah, je croyais qu'on allait passer la soirée tous les deux, intervint Mic un peu trop chaleureusement.
Harm se raidit, serrant les poings pour garder son sang froid.
- Ne vous inquiétez pas, Brumby, je m'en vais
je sais quand je suis de trop, ajouta t'il en jetant un regard lourd de sous-entendus à Mac.
Comment avait elle pu faire cela, il avait dit qu'ils devaient parler à leur retour à Washington, ils avaient atterri ce matin, elle savait qu'il allait passer, à quoi jouait-elle ?
- Comme vous voulez, Harm, lui lança Mac avec insouciance, on se voit demain au JAG. Bonne soirée
Et avant même qu'il ait tourné les talons, elle lui ferma la porte au nez et se tourna vers Mic, lui disant juste un peu trop fort
- Alors ce steak, Mic ? J'ai hâte de voir ce que vous savez faire
.
APPARTEMENT DE MAC - GEORGETOWN
10 décembre 1998 - 22 heures 30 heure locale
- Vous êtes sûre que je ne peux pas rester encore un peu, Sarah ? insista Mic une nouvelle fois.
- Ecoutez, Mic, je suis fatiguée et nous commençons tôt demain. L'amiral n'est pas du genre à accepter des retards à cause des décalages horaires, vous feriez mieux vous aussi d'aller dormir.
- Je vous revois demain, alors ?
- Oui, au bureau.
- Non, je voulais dire, je peux vous emmener dîner
- Pas demain, Mic, on verra
la semaine prochaine, d'accord ?
. Maintenant, allez y, je tombe de sommeil
Mic se pencha pour l'embrasser, elle tourna la tête juste à temps pour que sa bouche ne trouve que sa joue et elle le poussa dehors gentiment.
-A demain, Mic
Mac verrouilla la porte, puis partit les épaules basses dans sa chambre. Elle n'avait même pas envie de pleurer, elle devait agir ainsi, et assez longtemps pour qu'Harm décide enfin de renoncer. Elle savait qu'il lui faudrait du temps.
Du temps et beaucoup de volonté.
QUARTIER GENERAL DU JAG - FALLS CHURCH
23 décembre 1998
La fête de Noël avait été avancée d'une journée pour permettre à l'amiral Chegwidden d'aller passer la fin de l'année avec sa fille Francesca à Milan.
AJ, le cur léger, regardait son équipe plaisanter, s'amuser, dans le décor coloré qu'Harriet avait installé. L'ambiance était bon enfant, bien que le protocole militaire ne soit pas totalement mis de côté, mais tout le monde avait l'air de bonne humeur.
Bud, un sourire presque enfantin sur les lèvres, répétait à qui voulait l'entendre quelle somme le JAG avait récolté pour offrir des jouets aux enfants hospitalisés à Bethesda, et dès que sa femme s'approchait de lui, tout en s'efforçant d'être discret, il prenait sa main et y déposait un baiser.
AJ réprima un sourire amusé, il n'avait jamais regretté d'avoir fait jouer ses privilèges pour garder Harriet dans les bureaux du JAG, ce jeune couple, en plus d'être compétent, apportait à toute l'équipe une chaleur familiale que certains n'avaient pas chez eux.
Son regard continua de faire le tour de la salle et tomba sur le major Mackenzie en grande conversation avec le capitaine Brumby.
En tout juste un mois, Mic s'était fait une vraie place au JAG, malgré des débuts un peu tumultueux, et il semblait surtout s'être fait une place dans la vie du major.
AJ étudia attentivement le visage de Mac, se remémorant cette année désastreuse qu'elle venait de vivre : son faux départ du JAG pour suivre cet avocat 'bourré de fric', l'assassinat de son petit ami, le retour et la mort de son mari, et cette comparution pour parjure qui à défaut d'avoir détruit sa carrière, avait pour le moins sérieusement entamé la réputation du major. Et pourtant, tout l'été et jusqu'à la réapparition de son mari, Mac avait semblé sereine, heureuse même.
En la voyant plaisanter chaleureusement avec l'Australien, AJ se souvint des fêtes des années précédentes : habituellement, c'était Rabb qui était près d'elle.
Intrigué, il parcourut la pièce du regard, et aperçut dans l'embrasure du bureau le plus éloigné la haute silhouette du capitaine, qui semblait s'être mis en retrait de la bonne humeur ambiante, et avait son regard des mauvais jours.
AJ fronça les sourcils, et les bras croisés, observa l'officier : pas de verre à la main, pas de sourire aux lèvres, le capitaine avait le regard posé sur Mac et Brumby, un regard qui semblait blessé. Ce n'était qu'une impression diffuse, sans aucune preuve pour la corroborer, mais AJ sentait que quelque chose s'était passé entre ses deux officiers cette année, qui les avait pendant quelques mois comme apaisés, et qui maintenant semblait peser lourdement sur le moral de Rabb.
Il se dirigea nonchalamment vers Harm, qui sursauta en remarquant la présence de son commandant à ses côtés.
- Et bien, capitaine, vous ne participez pas à l'euphorie générale ce soir ?
- Vous savez, Monsieur, Noël n'est pas vraiment une période de joie pour moi. Mon père
AJ plissa légèrement les yeux en l'observant, mais choisit de ne pas aller dans cette direction.
- Merci de me remplacer, Harm. Je n'ai pas passé les fêtes de Noël avec ma fille depuis qu'elle avait deux ans, j'ai raté tellement de choses que je ne pourrai jamais rattraper
Vous devriez faire quelque chose de votre vie, maintenant que vous savez ce qui est arrivé à votre père
- Monsieur ?
Je
Que voulez vous dire ?
- Rien de particulier, Harm, c'est juste une impression
Vous restez là à vous morfondre au lieu de vous joindre à vos collègues
Et puis, sans vouloir m'immiscer dans ce qui ne me regarde pas je pense qu'il est temps que vous vous occupiez un peu plus de votre vie privée
. Regardez le major, elle a passé une année plutôt difficile, mais elle est repartie de l'avant, elle se ne laisse pas abattre
pourquoi ne prenez vous pas exemple sur son attitude ?
AJ remarqua le regard blessé et les mâchoires serrées d'Harm, il s'était forcément passé quelque chose entre eux, quelque chose auquel le major avait dû mettre fin. Mais il ne pouvait rien pour son officier, et il ne devait surtout pas lui donner l'impression qu'il avait deviné. Il était temps de changer de conversation.
- Vous allez au Mur ce soir ?
- Non, Monsieur, demain matin si cela ne vous dérange pas, j'y passerai vers 0700, je serai à l'heure au JAG, ne vous inquiétez pas.
- Je ne m'inquiète pas, capitaine. Prenez votre temps, je pense que cette année est particulière pour vous, maintenant que vous connaissez le sort de votre père.
- Oui, monsieur, cette année est vraiment particulière. Excusez moi de vous abandonner, mais je voulais demander au major de m'accompagner demain, vous savez, elle était là
et
- Je comprends Rabb
.
Harm commençait à s'éloigner quand AJ le rappela.
- Harm
- Oui, Monsieur ?
- Essayez quand même de passer de bonnes fêtes, Harm, essayez
.
- Oui, Monsieur.
Avec un petit sourire forcé, Harm se détourna et se dirigea vers le couple à l'autre extrémité de la pièce.
- Sarah, dites oui, vous devez avoir tellement de permissions à prendre, et on ne partirait que trois jours
Mac regardait Mic en souriant, il ne renonçait jamais, depuis une semaine il la cajolait pour qu'elle accepte de partir faire du ski avec lui à Snowshoe Mountain pour la Saint Sylvestre. C'était facile de le laisser lui faire la cour, il avait compris qu'il ne devait pas trop insister quand elle arrêtait de sourire, mais petit à petit, il se frayait un chemin dans sa carapace. Et quand elle était avec lui, Harm l'évitait au maximum. Elle sentait souvent son regard sur elle, un regard qui la rendait tellement malheureuse, elle s'en voulait de lui avoir fait du mal, mais c'était pour son bien.
Mon Dieu, elle était pathétique dès qu'elle pensait à Harm, et stupide. Elle faisait du mal à un homme qui était tout pour elle pour son bien ? Alors pourquoi était ce aussi dur, pourquoi se haïssait elle d'agir ainsi ? Et comment pouvait elle continuer à sourire à Mic, et passer autant de temps avec lui, quand son corps et son cur réclamaient Harm ?
Elle ne l'entendit pas arriver derrière elle et rougit légèrement quand il lança :
- Et
vous allez où exactement ?
- Harm ! Vous m'avez fait peur !
Il lui sourit doucement, elle avait les joues roses et ses yeux brillaient, et il se rappela que ce n'était pas sa présence à lui qui la mettait dans cet état, mais celle de Mic
. Il se tourna vers Mic.
- Je l'emmène à Snowshoe Mountain, elle a déjà dit oui, mais maintenant elle prétend qu'avec l'amiral parti, vous n'allez pas pouvoir vous passer d'elle trois jours. Allez, Rabb, un bon mouvement, elle a besoin de se changer les idées, et vous êtes de taille à faire face à la situation sans elle, n'est ce pas ?
Harm aurait voulu effacer du visage de Mic ce sourire satisfait et arrogant. Cela lui rappelait sa dernière année de lycée, quand pour le bal de la promotion, le capitaine de l'équipe de football avait annoncé au reste de l'équipe que c'était lui que Joann avait choisi comme cavalier. La pointe de jalousie et la blessure d'amour propre que Harm avait ressentis à l'époque en apprenant que sa petite amie sortait avec un autre n'était rien en comparaison de la fureur froide qu'il ressentait actuellement. Mais il avait depuis appris à se maîtriser, l'amiral, contrairement à l'entraîneur à l'époque, n'aurait pas besoin de séparer deux mâles en venant aux mains en pleine fête de Noël
- Bien sûr, Mic, si c'est ce que Mac souhaite, je ne m'y opposerai pas
Harm se tourna vers elle et lut dans son regard qu'elle avait compris ce qu'il lui disait. Quelque soit sa décision, même s'il ne l'approuvait pas, il l'acceptait.
- Mac, je vais au Mur demain, je voulais que vous m'accompagniez cette année, s'il vous plait
-
Vous ne préférez pas y aller seul, Harm ? Comme d'habitude ?
- Cette année qui se termine n'a pas été habituelle pour moi, Mac. Sans vous, je ne l'aurais pas retrouvé
Je voudrais que vous veniez avec moi, une façon de vraiment refermer cette étape de ma vie
si je n'ai plus d'autre choix
s'il vous plait
.
Ils se regardèrent quelques instants en silence, les yeux dans les yeux, sous le regard insistant de Mic. Finalement, Mac lui sourit presque timidement.
- Si je peux vous aider à refermer la page, je serai là, Harm. Vous passez me prendre à quelle heure ?
MEMORIAL DES VETERANS DU VIETNAM - " LE MUR "
24 décembre 1998 - 7 heures 00
La neige qui avait commencé à tomber dans la nuit recouvrait les pelouses d'un tapis blanc et les flocons tombaient drus maintenant dans la faible lumière des réverbères. Un silence irréel recouvrait le Mall, les bruits de la circulation sur Constitution Avenue semblaient avoir disparus, tout comme les monuments qui les entouraient. A cette heure matinale, en cette veille de fête, ils étaient seuls près du Mur, deux silhouettes immobiles et silencieuses sanglées dans leurs uniformes.
Mac, la gorge serrée, osait à peine regarder Harm, perdu dans ses souvenirs. Elle venait souvent seule se recueillir devant le panneau de marbre noir, contemplant le nom gravé du Lieutenant Harmon Rabb, au milieu de milliers de ses semblables, mais elle n'était jamais venue avec Harm. Cette visite, particulièrement en ce jour anniversaire de la disparition de Harm senior, n'appartenait qu'à son ami, elle savait que c'était ce qu'il possédait de plus intime, le moment où il baissait toutes les barrières qu'il avait érigées et acceptait de faire face à la souffrance d'un petit garçon. Elle revoyait dans son cur les larmes qui avaient coulé sur les joues d'Harm quand il avait regardé la taïga, cette immensité d'arbres dans laquelle il savait enfin que reposait son père.
Elle aurait voulu le prendre dans ses bras et le bercer pour apaiser cette douleur, et elle restait là immobile, consciente que toute son attitude des derniers mois, et celle qu'elle avait choisie de continuer à avoir, n'allait qu'augmenter l'impression de solitude que Harm ressentait.
Mac se haïssait d'agir ainsi, et se répétait plusieurs fois par jour que c'était pour lui qu'elle devait le faire, que si elle se laissait aller à laisser parler ses sentiments, elle les conduirait tous les deux à l'échec. Elle n'était pas celle qu'il fallait à Harm, il n'y avait que dans les contes de fées et les romans de gare que l'amour triomphait de tout. Elle lui devait de le laisser réussir sa vie avec une autre.
Elle sursauta en entendant la voix grave d'Harm, pleine de larmes contenues, s'élever auprès d'elle, et un frisson d'émotion parcourut tout son corps.
- Joyeux Noël, papa.
. Je ne suis pas venu seul aujourd'hui parce que je voulais te présenter quelqu'un
qui compte beaucoup pour moi
plus que je ne le croyais l'année dernière. Sans elle, je n'aurais jamais découvert ce qui t'était arrivé, et je serais mort en cherchant la vérité
Elle est la personne la plus importante de ma vie, papa, et cette année, j'avais besoin qu'elle vienne avec moi pour te voir.
Puis à nouveau le silence.
Mac luttait pour ne pas se laisser envahir par l'émotion. Rester forte, ne pas pleurer, ne rien montrer. Elle gardait les yeux fixés sur tous les noms gravés dans cette pierre froide, les bras le long du corps comme au garde à vous, comme si une attitude respectueuse du protocole allait la protéger des sentiments qu'elle ne maîtrisait plus.
Les minutes passaient, elle sentait le regard d'Harm glisser sur elle, toute sa volonté concentrée sur une unique pensée : ne rien laisser paraître, rien
Brusquement la main droite d'Harm saisit la sienne, et sa voix, à peine un murmure, reprit la conversation interrompue :
- Il y a à peine plus d'un mois, j'avais pensé que je viendrais aujourd'hui te présenter la femme que j'allais épouser, mais j'aurais dû savoir que la vie vous offre rarement les cadeaux que vous espérez
J'ai hésité avant de lui demander de venir avec moi ce matin, mais malgré tout ce qui pourrait nous séparer, elle reste et restera toujours ma meilleure amie, la seule personne à me connaître aussi bien. Et j'ai pensé que l'amener avec moi aujourd'hui pour te rencontrer, c'était lui dire que j'acceptais ses choix et ses décisions, que j'acceptais tout à condition de ne jamais la perdre.
Il leva la main de Mac à la hauteur de sa poitrine, l'emprisonna entre ses deux mains et se tourna vers elle.
- Ma
Sarah
je ne comprends pas ce qui nous est arrivé, mais je sais que je ne veux pas vous perdre. Si vous ne voulez plus de moi comme je le souhaiterais, laissez moi rester votre ami
Notre amitié est la chose à laquelle je tiens le plus. Je ne chercherai plus à m'imposer à vous, mais ne repoussez pas mon amitié, s'il vous plait.
La neige tournoyait toujours autour d'eux, l'air était glacial, mais Mac ne sentait plus que ce froid intérieur qui peu à peu l'envahissait. Harm allait rendre les armes, il allait renoncer, elle avait gagné, mais c'était tellement douloureux. Il fallait qu'elle rompe tout de suite le charme, qu'elle s'arrache à cette ambiance avant de s'effondrer dans ses bras et de lui dire qu'elle s'était trompée.
Tout de suite.
Elle enleva rapidement sa main, lança un sourire un peu crispé à Harm, et d'une voix qu'elle espérait assurée lui dit :
- Je vais vous attendre dans la voiture, Harm, j'ai froid
On y sera mieux pour finir cette conversation.
- Je viens avec vous, j'avais fini, Mac.
Une fois à l'abri dans le vieux 4x4 de Mac, elle mit le contact, mais Harm l'arrêta avant qu'elle ne démarre.
- Non, Mac, il faut qu'on finisse cette conversation. S'il vous plait
Dites moi pourquoi ? Je croyais que vous m'aimiez
.
- Vous êtes mon meilleur ami, Harm, je me sens en sécurité avec vous, plus que je ne l'avais jamais été avant, et vous savez bien que vous êtes beau garçon, je ne vais pas vous surprendre. Alors, peut être que je me suis laissée séduire par l'idée d'avoir une aventure avec vous, et puis nous deux c'était
enfin, vous savez
mais je sais que je ne suis pas faite pour vous, Harm, nous finirions par nous détruire, j'en suis sûre.
- Et si vous me laissiez juger de ce qui est bon pour moi, de qui est fait pour moi ou non ? Mac, de quoi avez vous peur ?
- Je ne sais pas
honnêtement, je ne sais pas
mais je sais que si nous ne voulons pas détruire notre amitié, nous ne devons plus être autre chose que des amis. Je suis sérieuse, Harm, c'est la seule décision raisonnable que nous pouvons prendre. Tout le reste serait de la folie, nous n'attendons pas les mêmes choses de la vie, vous et moi, et un couple, ça ne se résume pas à un lit. Je veux que vous soyez heureux, Harm, vraiment heureux, et je veux l'être aussi, mais nous ne pourrons pas l'être ensemble.
- Et vous pourriez l'être avec Brumby ?
- Peut être, je n'en sais rien
S'il vous plait, Harm, restons amis, et regardez autour de vous, il y a des dizaines de femmes qui ne demanderaient rien de mieux que de vous attendre patiemment, et que le simple fait d'être Madame Harmon Rabb remplirait de bonheur. Des dizaines, mais pas moi, Harm
Ce ne serait qu'éphémère, et nous en viendrions vite à nous déchirer. Je le sens
..
- Alors
c'est fini ?
- Si vous voulez parler de l'aventure que nous avons eue, oui, Harm, c'est fini. Mais notre amitié ne s'arrêtera jamais si je peux l'éviter, je vous le promets.
- Je vais apprendre à me contenter de cette amitié, si c'est ce que vous souhaitez.
Ils restèrent un instant les yeux dans les yeux, il n'y avait plus rien à dire.
APPARTEMENT DE HARM AU NORD DE UNION STATION WASHINGTON DC
10 février 1999 21 heures
- La façon dont Webb a été tué est trop simpliste pour Palmer. Je sais ce quil a dans la tête.
Tout en parlant, Harm ouvrit un des tiroirs du comptoir de la cuisine et en sortit une arme et des balles. Méticuleusement, il commença à charger le revolver, sous le regard inquiet de Mac.
- Ne vous aventurez surtout pas dans la tête de cet homme, cest un endroit quil vaut mieux éviter.
- Cest peut-être le seul moyen de le trouver.
- A moins quil ne vous trouve dabord. Webb nétait pas la seule personne envers qui Palmer avait de la rancune.
- Je nai pas peur de Palmer, Mac.
- Moi jai peur pour vous.
Harm leva la tête et regarda attentivement Mac, sa voix avait tremblé.
Depuis quils avaient découvert que Palmer nétait pas à Leavenworth, toute lattitude de la jeune femme avait changé. Il retrouvait lamie inquiète et concernée qui lavait suivie en Russie et avait veillé sur lui.
Après leur conversation la veille de Noël, Mac avait su être à la fois distante et amicale, toujours parfaitement professionnelle quand ils devaient travailler ensemble, tout en restant chaleureuse quand elle le rencontrait au détour dun couloir, dans la cuisine près de la machine à café. Elle était la même Mac que celle quil avait appris à connaître deux ans plus tôt, amicale mais réservée, ne se laissant pas totalement approcher, mais disponible sil avait besoin delle.
Si ce nétait la douleur quil ressentait parfois quand il la voyait rire avec Brumby, ou les souvenirs que son esprit libérait la nuit dans ses rêves, Harm aurait pu croire quil avait rêvé leur histoire damour de lannée passée. Histoire damour, cétait un bien grand mot, Mac lui avait dit quil sagissait dune aventure, rien de plus
Et elle ne semblait pas avoir changé didée, elle avait continué à vivre, comme si de rien nétait, comme elle lavait fait quand elle avait demandé à Dalton de quitter sa vie, avant quil soit assassiné.
Quand au début du mois de février, le capitaine Jordan Parker avait croisé leur route au cours dune enquête commune à Bethesda, Mac avait fait remarquer à Harm que la jeune psychiatre ne semblait pas indifférente à son sourire, et il avait eu limpression bizarre quelle le poussait dans les bras de la jeune femme, comme pour lobliger à définitivement tourner la page.
Et aujourdhui, brusquement, il lisait langoisse dans les yeux de Mac. Cétait probablement la mort de Webb qui la rendait si vulnérable. Mais que Mac avoue si franchement quelle avait peur pour lui, Harm, il ne savait pas vraiment quoi en penser. Il finit par détourner le regard du visage de Mac, il ne savait même pas ce quil avait souhaité y voir.
Il recommença à préparer son arme, ce nétait pas le moment de sinterroger sur les sentiments de Mac, Palmer était en liberté et chercherait probablement à sen prendre à lui.
Mac observait Harm depuis que lAmiral leur avait annoncé la mort de Webb la veille, elle avait noté cette lueur quelle connaissait bien dans le regard de son ami, celle qui disait Cest ma faute, jaurais dû
Harm encore une fois se sentait responsable de ce qui était arrivé, et Mac devait savoir pourquoi. Il ne le dirait pas si elle ne ly forçait pas, et cest pour cette raison quelle avait refusé quil la dépose chez elle en revenant dAndrews. Elle avait insisté pour venir chez lui discuter de la façon dont ils allaient procéder, mais elle ne partirait pas tant quelle ne saurait pas pourquoi Harm prenait toute cette histoire encore plus à cur quelle laurait cru possible.
- Vous ne me dites pas tout, Harm, reconnaissez le
Harm posa sur la table le chargeur quil avait dans les mains, et sembla hésiter un moment avant de se diriger lentement vers son bureau et son répondeur téléphonique. Il appuya sur une touche, et la voix haletante de Webb emplit lappartement.
- Rabb, je sais que vous êtes là
Décrochez, bon dieu
Rabb
.
Et au moment où la voix dHarm répondait, la communication sétait brutalement coupée.
Le regard que Harm leva vers Mac lui brisa le cur. Harm se sentait coupable davoir tardé à répondre.
- Je nai pas voulu répondre, Mac
Jétais avec Jordan
Son regard se fit encore plus coupable, il osait à peine lever les yeux vers elle maintenant. Mac ne pouvait rien pour Webb, et elle était persuadée quHarm naurait rien pu faire non plus, mais elle devait empêcher son ami de se reprocher ce qui était arrivé, tout ce qui était arrivé. Il allait encore trouver un prétexte pour sempêcher de vivre si elle nintervenait pas.
- Harm, arrêtez ! Vous ne saviez pas, et Webb nous a tellement souvent entraînés dans des histoires insensées pour que vous ayez eu raison dhésiter. Ce nest pas votre faute, et même si vous aviez répondu, vous nauriez probablement rien pu faire.
- Vous nen savez rien, Mac. On ne sait pas à quelle heure il est mort. Il était 2300 quand il a appelé, jaurais peut-être eu le temps daller jusquà Baltimore, jaurais pu aller laider
- Et vous auriez pu vous faire tuer aussi. Vous nen savez rien, Harm, arrêtez de croire que vous pourriez éviter tout ce qui va de travers dans le monde.
- Pas dans le monde, Mac, mais je devrais être là quand mes amis ont besoin de moi. Webb avait besoin de moi, et moi je lai trahi. Et je vous ai trahie ... Je nai plus pensé à Webb cette nuit là ...
- Quest ce qui vous perturbe tellement, Harm ? Que vous nayez pas pu sauver Webb, ou que vous ayez passé la nuit avec Jordan au lieu dessayer de le sauver ? Quand accepterez vous dabandonner ce boulet que vous traînez avec vous ? Vous nêtes pas responsable dautre chose que de votre propre vie, Harm
.
Sans un mot, Harm retourna vers le comptoir de la cuisine, il ramassa larme et les chargeurs, les fixa dans son holster quil enfila sous sa veste, puis revint vers Mac qui navait pas bougé.
- Vous devriez rentrer, Mac, il est tard, je vous ramène.
- Non.
- Non ?
- Je ne men vais pas, je ne vais pas vous laisser tout seul quand vous êtes dans cet état là.
- Je nai pas besoin de baby-sitter, Mac.
- Alors considérez moi comme votre ange gardien, souvenez vous que les choses se passent mieux quand je suis là pour surveiller vos arrières. Je ne laisserai pas mon partenaire tout seul cette nuit. Je vais dormir sur le canapé, Harm, donnez moi juste une couverture, je ne vous dérangerai pas.
Hésitant, Harm la regardait, les sourcils un peu froncés.
- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, Mac.
- Et moi, je sais que vous nêtes pas en état de juger objectivement de la situation, Harm, et je ne vous laisserai pas faire. Allez dormir, tout ira bien.
Harm leva les yeux au ciel et soupira dun air frustré.
- Je suppose que je ne pourrai pas vous faire changer davis.
- Ny pensez même pas. Prêtez moi plutôt un de vos t-shirts et donnez moi juste un oreiller et une couverture. Oh, Harm, nessayez pas de filer à langlaise comme vous laviez fait pour le meurtrier de Diane, je connais toutes vos ruses
APPARTEMENT DE HARM AU NORD DE UNION STATION WASHINGTON DC
11 février 1999 1 heure 30
Mac sétait enveloppée dans la couverture, et elle restait debout près de la fenêtre, laissant les minutes couler, attendant que cette nuit se termine, comme toutes ces autres nuits où le sommeil la fuyait.
La respiration calme qui venait de la chambre dHarm lavait apaisée un moment, et elle avait pu sombrer quelques instants dans un repos troublé, avant quun cauchemar la réveille : elle avait vu le corps dHarm allongé dans une mare de sang, près de celui de Webb, et Palmer qui ricanait près deux. Mac savait quelle ne pouvait pas réellement protéger Harm, elle devrait à un moment ou un autre relâcher sa vigilance. Mais elle était terrorisée à lidée que si elle le quittait des yeux, il allait mourir, lui aussi. Comme les autres étaient morts. Comme Webb maintenant.
En sentant des larmes glisser sur ses joues, elle eut un petit rire sans joie. Si elle pensait tellement quelle allait lui porter malheur, pourquoi restait elle près de lui ? Pourquoi ne demandait elle pas à être détachée à lautre bout du monde, à Hawaï ou à Guam ? Pourquoi narrivait elle pas à se larracher du cur ?
Elle frissonna, elle était transie. Elle se rappelait que le thermostat du chauffage était près de lentrée, Harm ne dirait rien si elle montait un peu la température ambiante. Doucement, elle avança dans la pièce, mais heurta le bureau. Le bruit du choc résonna dans lappartement silencieux, et Mac simmobilisa, levant les yeux vers la chambre.
Harm se réveilla en sursaut, tous ses sens immédiatement en alerte.
- Mac, ça va ?
- Ce nest rien, Harm, je voulais juste monter un peu le chauffage, il ne fait pas très chaud chez vous.
Harm repoussa les couvertures, sortit du lit, juste vêtu de son caleçon, et descendit les deux marches en sapprochant delle.
Mac se figea et se mordit les lèvres, puis au prix dun énorme effort, elle se détourna de la silhouette qui avançait vers lentrée et retourna occuper sa position précédente près de la fenêtre, silencieuse et immobile.
Comment avait elle pu le repousser, se refuser, leur refuser, quelques mois ou quelques années de bonheur ? Pourquoi croyait elle que leur relation serait vouée à léchec sans même leur donner une vraie chance ? Elle sétait tellement battue pour quil renonce à elle, et elle se rendait compte quau fond delle-même elle ne serait jamais capable de renoncer à lui. Elle était pitoyable.
Les larmes coulaient à nouveau sur ses joues, elle entendait les pieds nus dHarm sur le sol, il devait retourner se coucher. Elle sursauta en sentant sa main se poser sur son épaule et se raidit pour ne pas éclater en sanglots. Elle sentait la chaleur du corps presque nu dHarm près delle, et cette chaleur irradiait tout son être. Elle ferma les yeux pour tenter de reprendre le contrôle de son corps, ou peut être pour savourer les sensations que le simple contact de la main dHarm sur son épaule, malgré le t-shirt et la couverture, avait fait naître.
- Mac, dites moi ce qui ne va pas.
-
.
- Mac, on avait dit quon resterait amis, souvenez vous
Parlez moi, je sens bien que ça ne va pas, cest à cause de Webb ?
- De Webb, et de tous les autres, et de
.
Elle stoppa net, se mordant à nouveau les lèvres, cette fois pour sempêcher de parler.
Harm fit pivoter Mac sur elle-même, lobligeant à lui faire face. Dun doigt sous le menton, il la força à lever les yeux vers lui, des yeux si désespérés quil en perdit le fil de ses pensées.
- Oh non, Sarah, ne pleure pas, parle moi
Je ne veux pas te voir comme ça
Doucement, il effaça les larmes qui coulaient sur les joues de Mac, puis posa la paume de sa main sur sa joue, cherchant à lire dans ses yeux les raisons de sa tristesse.
Mac leva la main et la posa sur la main dHarm, fermant les yeux pour savourer ce contact ; elle tourna légèrement le visage et déposa un baiser dans le creux de la paume dHarm.
Incertaine, perdue, elle leva la tête pour le regarder, elle avait renoncé à retrouver son sang froid, elle ne chercherait pas à repousser Harm encore une fois
Cétait au-dessus de ses forces.
Il lut dans les yeux sombres qui ne se cachaient plus un abandon total, un désir intense et désespéré qui lui coupa le souffle. Sans quitter son regard, il baissa lentement son visage vers le sien, jusquà ce que leurs bouches ne soient séparées que par un souffle. Elle sentait la respiration dHarm sur ses lèvres, elle attendait cette caresse si douce qui lui avait tellement manqué.
Elle lentendit murmurer Sarah
. , mais il ne bougeait plus. La main de Mac partit à la rencontre du visage de son ancien amant et elle lattira contre elle, se fondant dans le baiser qui les unissait. Les lèvres dHarm, dabord sages et chastes, sanimèrent doucement, se firent insistantes et sa langue pénétra avidement la bouche de Mac, victime consentante et abandonnée. Il lenlaça, la serrant contre lui, imprimant son désir dans son corps, incapable de la lâcher, même au prix de sa vie. Ses mains rejetèrent la couverture et descendirent le long du t-shirt pour se poser sur les seins de Mac, renouant avec des gestes et des sensations si familières.
Elle se laissait totalement aller dans ses bras, les yeux fermés, à lécoute de toutes les ondes de chaleur qui parcouraient son corps, refusant obstinément de prêter attention à la petite voix qui lui hurlait de réagir, de ne pas succomber, qui lui rappelait que le retour à la réalité serait encore plus difficile. Tant pis, demain nexistait pas, seules les minutes quelle vivait en ce moment avec Harm importaient, des instants qui avaient plus de force quune éternité de solitude.
Brusquement, Mac se sentit tomber, Harm venait de la lâcher et de sécarter delle, il la rattrapa rapidement par le poignet, mais resta à une distance raisonnable, les sourcils froncés, cherchant sa respiration.
- Je suis désolé, Mac, je naurais pas dû
.
- Harm !
Doucement, Mac détacha la main dHarm toujours fermée autour de son poignet, elle la porta à ses lèvres et déposa de légers baisers sur ses doigts, sur sa paume, les lèvres légèrement ouvertes, sa langue le taquinant doucement. Elle leva les yeux vers Harm, lui sourit presque timidement, et recula doucement vers le canapé, lattirant avec elle. Au moment où elle allait tomber en arrière, Harm la souleva dans ses bras, la serrant contre lui. Retournant vers sa chambre, il lui sourit et chuchota dans son oreille :
-Je ne veux pas que tu aies froid
.
APPARTEMENT DE HARM AU NORD DE UNION STATION WASHINGTON DC
11 février 1999 6 heures
Mac regardait Harm dormir paisiblement près delle, sa poitrine se soulevant doucement à chaque respiration. Les secondes ségrenaient dans sa tête, lapprochant du moment des explications quelle redoutait tant. Elle aurait voulu savoir arrêter le temps au lieu de le maîtriser si bien, et senfermer avec Harm dans une bulle loin du monde, loin des autres et de la réalité, seuls tous les deux pour leur vie entière. Elle avait peur de la première réaction dHarm, elle sétait donnée à lui avec tellement dabandon cette nuit quil ne pouvait que penser que les règles du jeu avaient changé.
Au plus profond delle-même, Mac ne savait plus où elle en était. Rien navait vraiment changé, à part sa certitude quelle ne pourrait jamais aimer plus un homme quelle naimait Harm. Mais elle ne se sentait pas encore prête à risquer de tout perdre si leur amour devait échouer.
Doucement, elle commença à bouger, essayant lentement de libérer sa main prisonnière de celle dHarm. Au moment où il sétait endormi, il lavait enfermée étroitement dans ses bras, sa jambe gauche en travers des siennes, la gardant prisonnière de sa chaleur et de son amour.
Il fallait quelle parte avant quil se réveille, elle ne savait pas quoi lui dire, pas tant quelle naurait pas compris ce quelle voulait vraiment. Et elle prétendait quHarm était compliqué ! Pourquoi avait elle aussi peur de se laisser aller à laimer comme son cur le lui criait ? Parce quil te brisera et tabandonnera et te laissera seule, comme tes parents, lui rappela une petite fille en pleurs blottie au fond de sa mémoire. Non, pas Harm, criait Mac. En es-tu sûre ? répliqua la petite fille.
Il fallait quelle dépasse ses angoisses si elle voulait un jour être capable de vivre un véritable amour avec un homme, avec Harm. Elle lui expliquerait, elle lui demanderait de laider
mais pas maintenant
Enfin, doucement, elle se leva, simmobilisant le cur battant quand Harm remua, mais il ne se réveilla pas. A pas de loup, elle retourna dans le séjour, enfila son uniforme et sortit sans un regard en arrière.
HOTEL STATE PLAZA - WASHINGTON DC
13 février 1999 2 heures 30
Jordan sétait enfin endormie, serrée contre Harm.
Sans poser de questions le médecin attaché à lhôtel avait pansé larcade sourcilière de cet officier de la marine couvert de sang, accompagné dune ravissante blonde en déshabillé vaporeux. La carte du Département dEtat quun colosse au regard dacier lui avait montrée lui suffisait amplement.
Harm regardait Jordan, qui venait dentrer dans sa vie sans quil sen rende compte. Elle avait été là au mauvais moment, et elle aurait pu mourir à cause de lui. Mourir parce quil avait essayé une nuit doublier Mac dans ses bras, et que cétait elle que Palmer avait choisie pour le piéger.
Comment Palmer pouvait il avoir découvert lexistence de Jordan ? Ils nétaient sortis ensemble que deux fois la semaine précédente et ce soir où Webb avait appelé, cétait la première fois quelle venait chez lui. Palmer avait dû le suivre, se renseigner sur lui. Dieu merci, il navait pas compris pour Mac, probablement parce quà lépoque où Mac était dans sa vie, Palmer ne cherchait pas encore comment le faire souffrir.
Harm eut honte de se sentir soulagé. Mac ne risquait rien de Palmer, elle était à labri et devait le rester
tant quil naurait pas retrouvé cet enfant de salaud. Il ne fallait pas que Palmer imagine que cétait elle quHarm voulait protéger. Mais protéger Mac revenait à mettre Jordan en danger
Comment pouvait il envisager cela ?
Il regarda à nouveau la jeune femme innocente qui avait eu le tort daccepter ses avances. Elle était douce, très intelligente, drôle, et plus que jolie. Si les choses sétaient déroulées autrement, il aurait probablement fini par sattacher vraiment à elle, peut être même serait il tombé amoureux delle si Mac navait pas existé.
Si Mac navait pas existé
Il se souvenait de limpression terrible de solitude et dincompréhension quil avait éprouvée quand il sétait réveillé pour découvrir que Mac sétait enfuie. Elle était partie avant quils parlent, avant quil ne lui redise quil nétait pas prêt à renoncer à elle, jamais, et quil ne voulait même plus essayer.
Et les événements sétaient enchaînés, impossible de parler de relations au JAG, et même sils lavaient tous les deux voulus, ils nauraient pas pu séchapper ne serait ce que pour le déjeuner. Et puis, Mac navait pas lair très pressée de discuter avec lui de cette nuit quils venaient de partager. Tout dans son attitude exprimait sa réticence, elle était tellement différente de la femme sensuelle et passionnée qui lui avait fait lamour jusquà ce que ce soit lui qui demande grâce en riant.
Le rire cristallin de Mac aux petites heures de laube, la façon dont elle sétait coulée contre lui comme si elle avait voulu se fondre en lui, il sétait endormi heureux, persuadé que la chance avait tourné, quune fois Palmer arrêté, ils pourraient enfin se retrouver tous les deux et reprendre leur histoire damour interrompue. Car cétait bien une histoire damour, et pas une aventure
Jordan bougea légèrement, se collant à Harm, et ouvrit les yeux.
-Tu ne dors pas ?
- Pas encore
Repose toi
- Harm, tu ne mas pas tout dit, nest ce pas ?
- Chut, Jordan, il est tard, il faut dormir.
- Je ne suis plus un bébé, capitaine, je sais prendre soin de moi
Harm, tu sais que tu peux me parler, noublie pas, cest mon métier découter, et je suis plutôt bonne dans ma partie.
Harm lui sourit tendrement, la prit dans ses bras et posa un baiser léger sur la joue de la jeune femme.
- Ne tinquiète pas, tout va bien, tu es en sécurité avec moi. Tout finira par sarranger.
QUARTIER GENERAL DU JAG - FALLS CHURCH
20 Février 1999
Le son des voix irritées du major Mackenzie et du capitaine Rabb les précéda dans la salle des opérations, et tout le monde commença à s'éloigner de leur chemin. Cela semblait devenir une habitude depuis quelques jours, la vie du bureau était rythmée par les disputes incessantes des deux officiers.
- Vous avez sauté l'étape de l'infirmier militaire, Mac, ce qui est justement le point important de notre interrogation : la chaîne de fiabilité a t'elle été rompue à un moment ?
- C'est votre vision des choses, Harm. En ce qui me concerne, la compétence de l'infirmier militaire n'a jamais été mise en doute.
- Et où est le problème alors ?
L'amiral Chegwidden sortit du bureau de Tiner et s'approcha de ses deux officiers, tellement absorbés dans leur dispute qu'ils n'étaient conscients ni des regards du reste de l'équipe, ni de l'arrivée de leur commandant. Les bras croisés, le regard froid, c'est le moment qu'il choisit pour intervenir.
- Je vous écoute
Ce suspense est insupportable.
Mac et Harm sursautèrent et se mirent instinctivement au garde à vous. Mac se ressaisit la première.
- C'est au sujet de la cour martiale Lipari, Monsieur.
- Vous allez m'expliquer tout ça dans mon bureau. Tout de suite.
- Oui, Monsieur, répondirent ils ensemble.
AJ, debout près de la fenêtre, tournait le dos aux deux officiers. Même leurs tentatives d'explication avaient tourné à la confrontation, une nouvelle fois. Ils ne semblaient plus capables de se parler autrement qu'avec exaspération. Ce n'était pas la première fois que les opinions de Harm et de Mac différaient sur une enquête, loin de là, mais les malentendus ne duraient jamais plus d'une journée, et AJ n'avait jamais voulu intervenir.
Cette fois ci, il s'agissait d'un problème plus grave qui compromettait la sérénité du service tout entier, et il n'avait pas le droit de l'ignorer.
En fait, tout semblait avoir commencé après que Harm avait retrouvé Webb vivant, et que Palmer lui avait échappé. Au début, AJ avait pensé que la tension que tout le monde constatait entre les deux avocats était la conséquence de cette affaire, cela ne leur ressemblait pas vraiment, mais la disparition de Palmer et la menace qui pesait sur Harm et sa petite amie, ce capitaine Jordan Parker, avaient probablement un rôle dans ces problèmes. Mais au bout d'une semaine, AJ sentait intuitivement qu'il devait y avoir un autre motif, une raison connue de Harm et Mac seuls, et qui exacerbait toutes leurs dissenssions.
Le regard glacial, il se tourna vers les deux officiers, toujours au garde à vous depuis dix minutes.
- J'ai demandé à l'amiral Morris de vous décharger de l'affaire Lipari
Ne vous réjouissez pas trop vite. Je vous envoie à bord du sous-marin Watertown en Mer du Nord, pour enquêter sur l'erreur de navigation qui est intervenue dans la nuit.
- Tous les deux, Monsieur ? l'interrompit Harm.
- Tous les deux, capitaine. Et maintenant, je vais vous mettre les points sur les i. Si vous ne me prouvez pas que vous êtes à nouveau capables de travailler normalement ensemble, si vous n'arrivez pas à régler les problèmes que vous semblez avoir l'un avec l'autre, dès votre retour je vous fais transférer tous les deux à l'autre bout de la planète, aussi loin l'un de l'autre que possible avant que vous ne mettiez le feu à l'Aéronavale toute entière. Je ne tolèrerai plus l'attitude non professionnelle que vous avez eue depuis une semaine dans ce bureau, c'est compris ? Je ne sais pas quel est le problème, et je ne veux pas le savoir, sauf si l'un de vous pense qu'il est de votre intérêt de m'en parler
mais si je dois à nouveau intervenir pour assurer la discipline ici, vous passerez le reste de votre carrière à le regretter.
- Bien Monsieur, répondirent ils à l'unisson, le regard fixé sur l'horizon, parfaits exemples de rigueur militaire.
Seule la rougeur qui était montée brusquement aux joues de Mac confirma AJ dans son impression : leur problème n'était pas professionnel, il en était sûr, mais il ne s'aventurerait jamais sur un chemin aussi dangereux. Il resta un moment à les étudier attentivement, leur expliquant brièvement les circonstances de l'incident sur lequel ils devaient mener une enquête. Il avait brusquement des scrupules à les envoyer ensemble à bord d'un sous-marin. En temps normal Rabb et Mackenzie étaient parfaitement capables d'affronter toutes les situations, mais peut être cette fois ci AJ faisait il une erreur. Si les deux officiers n'arrivaient pas à travailler ensemble mieux qu'ils ne l'avaient fait toute la semaine, le Watertown risquait de vivre quelques jours agités, et les répercussions sur les carrières des deux officiers seraient immédiates.
Il soupira profondément, et les congédia, décidant de leur faire une nouvelle fois confiance.
CABINET DU DOCTEUR LAURA ASHTON -
FAIRFAX - VIRGINIE
8 mars 1999
- Je ne sais pas par où je dois commencer
je n'avais jamais pensé que je viendrais un jour consulter un psychiatre, bredouilla Mac, assise sur le bord d'un profond fauteuil à côté de la fenêtre, comme prête à se sauver.
Le bureau était vaste, les murs clairs, une grande bibliothèque remplie de livres occupait le fond de la pièce, la large baie vitrée donnait sur un grand jardin. C'était encore l'hiver, les arbres étaient noirs et nus, mais le soleil brillait enfin. Après les quinze jours pendant lesquels Mac n'avait vu que la lumière artificielle, respiré uniquement un air recyclé, elle aurait accueilli même la pluie avec bonheur.
Elle se sentait mal à l'aise, mais en même temps soulagée d'être ici, d'avoir pris une décision difficile, mais qu'elle avait eu tort de ne pas envisager plus tôt. Si elle avait parlé à Harm avant, si elle avait accepté de reconnaître que son problème était peut être plus profond qu'un simple divorce non réglé, elle ne les aurait probablement pas entraînés dans l'impasse dans laquelle ils s'étaient maintenant enfermés.
Les paroles qu'Harm lui avait lancées dans la coursive du Watertown résonnaient encore dans sa tête, et l'avaient accompagnée pendant qu'elle venait chez le psychiatre, l'aidant à trouver la force de ne pas rebrousser chemin.
- Vous voulez mon avis ? Vous avez vraiment un problème !
Oui, elle avait un problème, mais elle n'allait plus fuir, elle allait enfin affronter ses démons. Et si un avenir avec Harm était encore possible au bout du chemin, elle se battrait pour le conquérir.
La jeune femme assise en face d'elle lui sourit calmement, elle était apaisante, sa voix était douce, et Mac se sentait étonnamment en confiance avec elle.
- Et bien, Sarah
vous permettez que je vous appelle Sarah ? Dites moi simplement ce que vous vous dites à vous même. Vous m'avez téléphoné le 14 février et vous étiez en pleurs ce jour là. Racontez moi pourquoi, juste comme si vous le disiez à votre meilleure amie. Et n'essayez pas d'être claire, ou logique, ou de suivre une idée, essayez juste de suivre vos émotions.
- Le problème, c'est que je n'ai pas d'amie à qui je parlerais de ça. Mes seuls amis sont tous liés directement à mon travail, et mon meilleur ami
et bien, c'est un homme
et c'est
Mac s'arrêta, les larmes commençaient à couler sur ses joues. Gênée elle renifla, chercha un mouchoir dans son sac, mais ses mains semblaient ne plus lui obéir.
- Il y a des mouchoirs juste à coté de vous, sur la table près du fauteuil. Laissez vous aller, Sarah
Mac ferma les yeux, et les images se mirent à défiler : les disputes incessantes avec Harm, ces premiers jours sur le Watertown et cette hostilité presque palpable entre eux
- Ecoutez, Mac, je commence à croire que tout cela est plus qu'un simple accident de parcours. Vous avez de la haine à mon égard.
- Et vous, vous ne croyez jamais en moi.
- Comment en sommes nous arrivés à un tel point ?
Mac savait qu'aussi longtemps qu'elle refuserait de parler à Harm, de lui expliquer les raisons de son comportement apparemment irrationnel, les choses ne pourraient qu'empirer entre eux. Si elle n'avait pas le courage de tout lui dire, ses prophéties se réaliseraient : leur amitié sombrerait, emportée par le naufrage d'un amour qu'elle n'avait pas eu le courage d'accepter.
Elle n'arrivait pas à renoncer à Harm, et chacun de ses actes les séparait davantage. Que pouvait il avoir pensé d'elle après cette nuit où sans un mot elle s'était offerte à lui. Elle savait qu'il l'aimait, pourtant elle continuait d'agir avec lui comme si seul son corps l'intéressait. Et cela avait été si facile d'amener Harm dans ce lit, si facile et si merveilleux
et si stupide
D'une voix qu'elle reconnut à peine, au milieu de ses larmes, elle s'entendit commencer.
- Ce n'est pas seulement mon meilleur ami, c'est la seule personne à laquelle j'ai jamais vraiment tenu depuis mon enfance
il y a une dizaine de jours, il m'a sauvé la vie
et par moments j'aurais préféré qu'il me laisse mourir
..
Le silence semblait rythmé par les sanglots de Mac. Elle ne se souvenait pas d'avoir jamais pleuré ainsi. Quand Harm était parti de chez elle, ce soir où il lui avait parlé de mariage et où elle l'avait repoussé, elle avait pleuré longtemps, mais les larmes étaient comme une fin, la fin d'un amour, la fin d'un espoir, une porte qui se ferme et dont on n'aura plus jamais la clef.
Maintenant, les larmes qu'elle versait semblaient la laver, briser des barrages qu'il était temps de détruire, et doucement les sanglots firent place à des pleurs plus silencieux, et elle recommença à parler doucement. Elle raconta Harm, leur amitié, ces deux longues années pendant lesquelles ils n'avaient pas osé se laisser aller à écouter leurs sentiments, les six mois de bonheur qu'elle avait vécus près de lui, et leur rupture.
Laura Ashton la voyait se détendre peu à peu, les larmes continuaient à couler comme si la source ne pouvait pas tarir, mais la jeune femme qui était venue la voir semblait prête à se battre pour sortir de son enfermement.
Quand Mac se tut au bout d'une vingtaine de minutes, la jeune psychiatre se leva et s'approcha de son bureau.
- Quand pouvez vous revenir me voir ? La semaine prochaine me semblerait indiquée.
- Je ne
hésita Mac
- Sarah, vous êtes sur le bon chemin, mais ce n'est que la première étape, et la route sera peut-être longue. N'attendez plus, pour vous
et pour lui
Mac leva ses yeux brillants de larmes vers la thérapeute, elle essaya de sourire faiblement.
- Pour lui ? Il est avec une autre maintenant.
- Donnez vous une chance, Sarah, apprenez à vous aimer et à vous comprendre et beaucoup de choses pourraient changer dans votre vie. Venez me voir la semaine prochaine
et si vous avez un empêchement, téléphonez moi. Mais uniquement si c'est un empêchement professionnel, Sarah, vous avez fait le premier pas, c'est le plus difficile, ne vous autorisez pas à abandonner maintenant.
PORTE AVION USS CORAL SEA - ZONE D'EXCLUSION AERIENNE
29 mars 1999
Adossée à la porte de la salle, Mac, la main bandée, observait Harm.
Pendant tout le combat aérien, il avait semblé rayonner, seul son corps était sur la passerelle, son esprit était aux commandes du Tomcat et livrait bataille au Mig
Il se tourna vers elle, sentant le poids de son regard dans son dos, et son sourire éclatant s'effaça quand il vit qu'elle le regardait avec inquiétude.
Doucement, de façon imperceptible, leurs relations redevenaient calmes, presque amicales, même s'ils évitaient tous les deux toute conversation qui aurait pu devenir personnelle. Ils n'avaient même pas reparlé du Watertown, et de la façon dont ils s'étaient mutuellement sauvé la vie.
Harm, après la façon dont Mac l'avait fui une fois Webb retrouvé, avait décidé qu'il ne ferait plus un geste, il ne prendrait plus le risque de subir une nouvelle rebuffade. Lui qui n'avait jusqu'alors que si rarement accepté de laisser parler son cur, en moins d'un an Mac lui avait fait vivre trop d'émotions différentes et contradictoires. Il ne voulait plus se mettre à nouveau en danger. Il ne comprenait rien à l'attitude de Mac. Il savait qu'entre eux, il ne s'agissait pas que de sexe, même si Mac ne semblait pas prête à l'admettre. Mais si elle n'était pas prête à le reconnaître, il ne pouvait rien y faire, sauf attendre.
Quand Mac serait prête, il serait là.
Peut être.
Dans l'intervalle, il allait continuer à vivre. Comme il l'avait toujours fait.
Mac le regarda un moment, puis sans un mot sortit de la salle. Rapidement, il la rattrapa dans la coursive déserte, et lui attrapa le bras.
- Mac, pourquoi vous sauvez vous comme ça ?
- Vous étiez bon, n'est ce pas ?
- Je le suis encore. Ce ne sont pas des choses qui s'oublient.
- Harm, même si vos yeux guérissaient, vous ne pourriez plus voler dans une escadrille. Je commence à m'inquiéter pour vous.
- Mac, je n'ai fait que regarder le combat
- Pas avec la lueur que vous aviez dans le regard, Harm. Je vous connais mieux que ça. Chaque fois que vous voyez des pilotes ou des chasseurs, votre attitude change. On dirait que vous êtes plus heureux quand vous volez.
- Peut être que c'est le cas. Peut être que quand je vole, ma vie est plus simple.
Elle se mordit les lèvres et ferma les yeux, essayant d'ignorer le reproche contenu dans sa remarque. Elle savait bien qu'elle lui avait rendu la vie particulièrement difficile, mais il ne semblait plus vraiment en souffrir. Il passait beaucoup de temps avec le capitaine Parker, beaucoup plus qu'elle ne l'aurait voulu
Elle leva à nouveau les yeux vers Harm, s'étonnant de ne plus être capable d'y lire quoique ce soit.
- Depuis quand cherchez vous la simplicité, Harm ? Depuis que vous fréquentez un psychiatre ? J'aurais plutôt pensé qu'avec elle, vous alliez vous perdre dans des siècles d'analyse.
- Mac, ce n'est pas l'endroit pour parler de ça
gronda t'il avec une colère qu'il maîtrisait difficilement. Si vous voulez parler, vraiment parler, sans vous enfuir
dites le, mais arrêtez de jouer avec moi.
- Je ne joue pas, Harm, un jour vous comprendrez.
- Je crois qu'il n'y a rien à comprendre, vous
Des pas s'approchaient d'eux, et rapidement Harm et Mac s'éloignèrent l'un de l'autre et retournèrent dans le carré des officiers vide à cette heure de la journée. Harm alla leur chercher du café et ils étalèrent leurs dossiers, essayant de se remettre au travail, faisant une nouvelle fois sciemment l'impasse sur une vraie mise à nu de leurs sentiments.
Le silence devenait de plus en plus pesant, et brusquement Harm repoussa les papiers devant lui, se leva et commença à arpenter la salle.
- Mac, peut on faire une trêve et ne pas laisser nos relations personnelles interférer quand nous sommes sur une enquête ? Je ne supporte plus cette tension permanente dès que je suis avec vous, si nous ne sommes pas capables d'y faire face, je vais demander à l'amiral de me faire remplacer immédiatement et lui demander mon transfert. Il est peut être temps d'affronter la vérité, Mac, nous n'arrivons plus à travailler ensemble.
- Harm, bien sûr que si
- Non, Mac, à Washington, c'est possible, parce que nous ne sommes pas tout le temps l'un avec l'autre, mais quand nous sommes envoyés ensemble sur une affaire, c'est autre chose, et vous le savez bien. Et comment voulez vous que nous expliquions à l'amiral Chegwidden pourquoi il ne doit plus nous faire travailler sur la même affaire ? Ca devient ridicule, Mac. Souvenez vous de ce qu'il nous a dit avant de nous envoyer sur le Watertown, nous n'avons réussi qu'à faire une seule chose, donner le change à tout le monde, mais dès que nous sommes seuls, nous n'arrivons plus à faire semblant. Il faut crever l'abcès, Mac, pour sauver ce qui peut encore l'être. Ou accepter que tout soit fini et passer à autre chose
- Vous n'êtes pas déjà passé à autre chose, Harm ?
- Non, Sarah, pas encore
mais je n'ai plus vraiment l'énergie de me battre contre vous tous les jours sans comprendre pourquoi. Bon sang, marine, réagissez
Comment pouvez vous agir comme vous le faites sans comprendre que quelque chose se tourne pas rond ?
- Qui vous dit que je ne le sais pas ?
- Alors pourquoi ne faites vous rien ? Pourquoi es tu partie sans me parler, Sarah, sans même me laisser un mot ? Après ce que nous avions vécu ensemble ?
- Harm, pas ici
- Vous voyez, Mac, vous fuyez toute conversation entre nous.
- Je sais, Harm, mais je vous assure que j'en suis consciente
et je
j'y travaille. Je vous demande juste encore un peu de patience.
- Dites moi juste que vous ne jouez pas avec moi, Mac.
- Comment pouvez vous croire ça ?
- Vous faites tout pour me séduire, et au matin vous me jetez comme un kleenex usagé
ce n'est pas vraiment le genre de relations dont j'ai l'habitude, contrairement à ce que pensent certains. Je n'ai jamais agi comme ça avec aucune femme, et que ce soit vous entre toutes qui me traitiez de cette façon, je n'arrive pas à l'admettre.
- Je ne joue pas avec vous, Harm, j'étais sincère cette nuit là, plus que vous ne pouvez l'imaginer. C'est quand le jour se lève que j'ai du mal à faire face à la réalité, mais je vous assure que j'essaie. On peut faire la paix, Harm ? S'il vous plait ?
- Quand vous me regardez comme ça, Mac, je n'arrive pas à vous en vouloir. C'est bien tout le problème, d'ailleurs. Mais je suis sérieux, si la situation entre nous ne s'arrange pas, je ferai le maximum pour qu'on ne travaille plus ensemble.
CABINET DU DOCTEUR LAURA ASHTON -
FAIRFAX - VIRGINIE
5 avril 1999 - 19 heures
- Vous êtes vraiment sûre de vouloir faire ça, Sarah ? C'est encore beaucoup trop tôt, vous savez, nous sommes très loin d'avoir touché le cur du problème.
- Je sais, mais j'ai tellement peur de ne pas trouver de solution à temps. Je sens que Harm s'éloigne de plus en plus, il ne veut plus accepter de vivre ainsi, si nous n'avions pas couché ensemble en février, tout aurait pu s'arranger, mais maintenant tout est devenu encore plus compliqué. Je voudrais qu'Harm comprenne que je suis sérieuse quand je lui dis que j'essaie de régler mes problèmes, et qu'il ne me menace plus de partir. S'il partait maintenant, alors que nous sommes en train de perdre le peu qui nous restait, cette thérapie n'aurait plus aucune utilité.
- Ne dites pas ça, Sarah. Toute votre vie ne se résume pas à lui. C'est pour vous que vous vous battez, pas pour lui.
- Oh non, c'est d'abord pour lui que je me bats, sans lui j'aurais pu continuer à vivre comme ça, j'aurais pu me contenter des hommes qui voulaient de moi sans que j'aie l'impression de devoir être parfaite pour les mériter
Sans lui, j'aurais été capable de faire face toute seule.
- Sarah, je vous déconseille de lui parler de votre thérapie pour l'instant, gagnez du temps, évitez de vous trouver seule avec lui, ou si vous voulez le faire, vous devrez être capable de le faire seule. Je ne le rencontrerai en aucun cas, ce n'est pas dans votre intérêt, et cela serait même contraire à tout l'esprit de votre thérapie. Ce qui se passe ici est entre vous et moi, Sarah, en fait c'est même entre vous et vous uniquement, je ne vous sers que de catalyseur. Je ne m'oppose pas à ce que vous disiez à Harm que vous faites une thérapie, je vous dis juste que vous devrez lui en parler seule à seul. C'est primordial pour votre relation.
- Mais je ne peux pas le faire pour l'instant.
- Alors, attendez !
- Et s'il partait ?
- Sarah, prenez les choses au fur et à mesure qu'elles arrivent. Il est toujours là.
En remontant dans sa voiture quelques instants plus tard, Mac se répétait les paroles du docteur Ashton : il est toujours là, oui, mais pour combien de temps ? Pourquoi avait elle l'impression que les événements s'accéléraient, qu'elle allait manquer de temps ?
AERODROME DE LICHFIELD - VIRGINIE
5 avril 1999 - 19 heures
Le Stearman approchait de la piste, le soleil venait à peine de se coucher, Harm avait continué à voler un peu plus longtemps que d'habitude. Il oubliait tout quand il volait, le JAG, les procès, et surtout Sarah et son attitude totalement irrationnelle. Ici il était libre, il retrouvait la force dont il avait de plus en plus besoin pour la voir tous les jours et supporter leur absence de relation.
Il regarda les balises de la piste, mais tout était flou devant lui. Pourtant, ce n'était pas la première fois qu'il atterrissait à la tombée de la nuit. Son front se couvrit de sueur, malgré la fraîcheur de l'air, et inspirant profondément, il posa son Stearman, se fiant à son instinct plus qu'à ses yeux.
En montant dans sa corvette pour retourner à Washington, il prit la décision d'aller voir au plus tôt un ophtalmologiste. Personne ne lui avait dit que sa cécité nocturne pouvait s'aggraver.
Il n'avait sûrement pas besoin de ce nouveau problème juste maintenant.